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Vietnam


Saigon – Da Nang : 614 km

Da Nang – Ha Noi : 605 km
Ha Noi – Baie d’Along : 170 km
Baie d’Along – Ha Noi : 170 km
Décalage horaire : +6


Il ne faut jamais dire jamais mais là je vais le faire et je vous assure que c’est absolument non négociable : JAMAIS je ne partirai m’installer au Vietnam ! Ca me fait mal au cœur de l’avouer mais pour la première fois depuis le début de mon tour du monde je me trouve dans un pays que je déteste vraiment. Bien sûr il a des côtés très agréables, tels que la beauté de ses paysages et de ses femmes, la richesse de sa culture et de son histoire ou le coût de la vie qui y est particulièrement bas, mais ces avantages ne parviennent pas à mes yeux à contrebalancer les points négatifs qui y sont excessivement nombreux. Entre l’agressivité d’une partie de la population, la malhonnêteté des commerçants, la pluie et le froid, internet qui ne fonctionne pas, les conditions de transport proches du fret de bétail, l’incapacité des Vietnamiens à parler plus de 3 mots d’anglais, l’hystérie des automobilistes et des conducteurs de deux-roues, la paralysie totale du pays pendant toute la période de Têt, les villes fantômes et le mépris des règles élémentaires du concept de service je suis sincèrement en train de devenir complètement fou. Il est donc grand temps que je quitte le Vietnam et j’espère trouver au Laos un peuple et une culture que j’adorerai, comme cela a été le cas lorsque j’étais au Cambodge.   

Mon aversion contre ce pays a en fait véritablement débuté dimanche lorsque je suis parti me promener une nouvelle fois dans Saigon. Pourtant cette balade avait bien commencé car seulement quelques minutes après avoir quitté l’appartement d’Ivan je suis tombé par hasard sur une « danse du dragon », un spectacle traditionnel qui célèbre le passage de l’année du bœuf à celle du tigre. Une vingtaine de Vietnamiens en costumes traditionnels dansaient au son des tambours et faisaient exploser des pétards, devant le regard émerveillé d’une centaine d’enfants perchés sur les épaules de leurs parents. Mais dès que je suis arrivé en plein cœur de la ville le spectacle fut totalement différent : plusieurs dizaines de milliers de personnes s’agglutinaient sur les trottoirs où les scooters, trop nombreux pour pouvoir avancer sur la chaussée, essayaient de se frayer un chemin au milieu des piétons qu’ils n’hésitaient pas à bousculer. Après avoir lutté pendant quasiment une heure pour avancer au milieu de cette cohue j’ai décidé de me réfugier dans un restaurant en plein-air dans lequel j’avais moins de risques de me faire renverser. Cette fois-ci c’est la lenteur et l’apathie des serveurs qui y régnaient, contrastant totalement avec la folie ambiante que l’on pouvait observer partout ailleurs dans le quartier. En plus ils semblaient jouer à un jeu qui consistait à présenter des plats au hasard au client, jusqu’à ce que celui-ci finisse par reconnaître celui qu’il avait effectivement commandé ! J’ai donc passé plus d’une heure et demie dans ce bouiboui local avant de pouvoir enfin demander l’addition et de constater que le total annoncé ne correspondait pas du tout à ce que j’avais consommé. L’addition annonçait un total de 140.000 Dong alors que je n’avais consommé que pour 100.000. Lorsque je suis allé trouver le manager pour lui expliquer que j’étais en train de me faire enfler de 40% il n’a pas contesté un quart de seconde, ce qui prouvait bien que l’arnaque était réelle. D’un autre côté ils ont raison, autant profiter des pigeons occidentaux en vacances pour essayer de gonfler artificiellement le chiffre d’affaires de l’établissement !

Passablement énervé par l’attente et par la tentative d’escroquerie je suis ensuite reparti à pied chez Ivan et c’est une nouvelle fois dans un chaos total et au milieu d’un concert incessant de klaxons que j’ai effectué l’heure de marche qui me séparait de chez lui. Quand je pense que Paris, New York ou Londres sont souvent décrites comme des villes stressantes dans lesquelles les conditions de vie laissent à désirer, je ne sais dans ce cas vraiment pas quels superlatifs pourraient être utilisés pour retranscrire l’ambiance qui règne à Saigon. C’est donc avec un certain soulagement que j’ai refait mon sac en rentrant, afin de préparer mon départ pour Da Nang le lendemain matin.

Comme je devais me présenter à 7h30 à l’agence dans laquelle j’avais réservé mon billet de bus, j’avais réservé un taxi qui devait me récupérer à 6h40 pour m’y emmener. Mais encore une fois j’allais goûter aux joies du service à la vietnamienne. En effet le chauffeur était bien là, mais pour une raison que j’ignore encore totalement aujourd’hui il a refusé de me laisser monter dans sa voiture, s’excitant dans sa langue maternelle pour tenter de m’expliquer les raisons de son refus. Et comme il ne parlait pas un traître mot d’anglais j’ai fini par abandonner la partie au bout de quelques minutes, me retrouvant à 6h50 du matin tout seul avec mes bagages dans un quartier assez peu fréquenté. J’ai tout de même fini par trouver un taxi un peu plus compatissant que celui qui venait de me planter et celui-ci m’a amené jusqu’à mon point de rendez-vous où je suis arrivé à temps pour monter dans le bus qui allait m’amener vers le nord du pays.

Je suis donc parti lundi matin pour un trajet de très exactement 24 heures à l’issue duquel je devais me poser pendant 2 jours sur une plage afin de me remettre physiquement de ces dernières semaines qui ont été assez éprouvantes. La route s’annonçait longue mais j’ai eu l’agréable surprise de découvrir à Saigon un « Sleeping bus » particulièrement confortable dans lequel les couchettes s’inclinaient à 90° pour se transformer en lits une place tout à fait corrects. En plus l’animation était au rendez-vous puisqu’après avoir apprécié l’ambiance disco générée par les tubes de Boney M et d’ABBA que le chauffeur passait à fond nous avons eu le droit à un film d’horreur qui doit à mon avis être classé parmi les 10 plus mauvais films de l’histoire du cinéma ! Malheureusement la suite du voyage allait être beaucoup moins glamour car, après 12 heures de route au milieu de paysages magnifiques qui ressemblent beaucoup à ceux du sud de la France, nous avons changé de bus et là ce fut le drame. J’ai été obligé de troquer ma confortable couchette contre une espèce de paillasse installée au fond d’un tape-cul qui décuplait la puissance des tremblements générés par les aspérités de la route. Je me suis donc retrouvé plusieurs fois en lévitation, tel un astronaute en programme d’entraînement intensif avant d’être envoyé dans l’espace ! Et en règle générale l’atterrissage s’effectuait soit sur mon voisin argentin soit sur ma voisine australienne car la compagnie de transport avait réussi l’exploit d’installer 5 couchettes dans la largeur du bus qui était pourtant d’une taille standard. Autant dire qu’on s’est tous tenu chaud pendant la nuit ! En plus mon cher compagnon de voyage sud-américain a eu l’excellente idée de tripoter sa copine pendant une bonne partie du trajet donc je dois reconnaître que c’est avec un bonheur immense que je suis arrivé à Da Nang après très précisément 24 heures de route.

Ma joie fut toutefois de courte durée car ce que j’allais découvrir était très différent de ce que j’imaginais. J’avais en fait choisi cette ville car elle présentait l’avantage d’être pile à mi-chemin entre Saigon et Ha Noi, mais aussi car elle était beaucoup moins touristique que Hoi An, la station balnéaire qui se trouve à seulement quelques kilomètres de là. Mon objectif était donc d’éviter la foule et les prix surévalués qui l’accompagnent en règle générale. Et je ne fus pas déçu car c’est littéralement dans une ville fantôme que j’ai débarqué. En fait, à cause du nouvel an chinois, plus de 90% des commerces étaient fermés et un calme de mort régnait dans les rues du centre-ville. Pourtant il m’avait été indiqué à l’agence de voyage à Hanoi que je risquais d’avoir des problèmes pour y trouver une chambre disponible et j’avais donc réservé sur internet un hôtel pour 2 nuits juste avant de partir. Il s’agissait d’un 2 étoiles à 16€ qui m’a donc coûté un bras, un bras d’enfant nain certes car on reste dans les tarifs appliqués au Vietnam, mais un bras quand même si l’on compare ce prix à mon budget quotidien ! Après y avoir déposé mes affaires je suis parti directement à la plage où j’ai pu apprécier le calme absolu qui y régnait en buvant une bière assis dans le transat d’un bar de plage désespérément vide puis je suis retourné dans le centre pour essayer de trouver quelque chose à manger, mais là je crois que j’en demandais un peu trop. Comme tout était fermé j’ai mis plus d’une heure avant de trouver un restaurant qui a accepté de me servir. Et comme bien évidemment personne ne parlait anglais et que les menus n’étaient qu’en vietnamien j’ai dû commander un plat au hasard, ne sachant absolument pas à quoi m’attendre. Je ne sais d’ailleurs toujours pas ce que j’ai mangé mais la bonne nouvelle c’est que je ne suis pas mort ! En revanche ce que je sais c’est qu’une nouvelle fois j’ai été victime d’une tentative d’arnaque car cette fois-ci, au lieu de me voir apporter une note de 50.000 Dong, le restaurateur m’en a réclamé 120.000. Je veux bien être sympa mais quand l’entubage dépasse les 100% je commence à devenir agressif ! Après 5 bonnes minutes d’engueulade j’ai fini par obtenir gain de cause et je suis reparti en maudissant les commerçants vietnamiens qui commençaient à doucement me saouler. 

J’ai ensuite poursuivi ma journée en essayant de trouver un paquet de cigarettes et cette fois-ci j’ai mis 45mn avant de pouvoir en acheter un. J’ai donc déambulé pendant plusieurs heures dans une ville déserte dans laquelle j’étais l’un des seuls occidentaux à avoir atterri. Cela présentait tout de même un avantage car, curieux de voir un spécimen comme moi perdu dans cette partie du pays, les Vietnamiens me saluaient quasiment tous, me donnant l’impression d’être une star séjournant à Cannes pendant le festival ! L’ennui m’a quand même très vite gagné et j’ai décidé d’écourter mon séjour à Da Nang pour rejoindre Ha Noi dès le lendemain après-midi. Je pense qu’il sera inutile de préciser que j’ai encore mis une plombe avant de trouver une agence ouverte, mais j’ai fini par acheter mon billet avant de retourner sur la plage qui était encore plus déserte que lorsque j’y étais allé le matin même.

Ce fut donc mercredi à midi que j’ai à nouveau repris mon sac, cette fois-ci sous une pluie fine et dans le froid. Et avant mon départ j’ai encore eu un accrochage avec des commerçants locaux. En effet, j’avais déjà payé mes 2 nuits d’hôtel sur internet et, n’étant resté que 24 heures, je souhaitais naturellement me faire rembourser la moitié de la somme que j’avais versée. La réceptionniste ne l’entendait toutefois pas de cette oreille et la partie fut très serrée pour récupérer mon argent. Après avoir parlementé pendant 15 mn j’ai obtenu une première avancée car elle a accepté de me rendre 275.000 Dong sur les 400.000 qu’elle me devait. Mais cette fois-ci c’est moi qui n’était pas du tout d’accord et, après avoir été très calme et avoir épuisé toutes les ressources de la technique de négociation du « Fais moi plaisir mon ami… » j’ai fini par péter un plomb et je me suis mis à hurler de toute force dans le hall de cet établissement malhonnête. Et il faut croire que la technique de l’intimidation peut parfois s’avérer être payante car moins de 10mn et 2 coups de fil à sa boss plus tard je me trouvais enfin dehors, avec l’intégralité de la somme en liquide dans la poche !

Cela m’a permis de rejoindre l’agence de voyage d’où je devais quitter Da Nang et où j’allais me faire enfler une nouvelle fois, mais cette fois-ci en beauté. En effet, au lieu de voir arriver le « sleeping bus » pour lequel j’avais payé j’ai vu débarquer un bus moisi et déjà bondé. Le gérant m’a toutefois garanti que ce n’était que pour 2 heures et que j’aurai bien une couchette comme prévu à partir de Hué. Naïf, je l’ai cru et je suis parti pour un premier trajet sur des routes de montagne dans lesquelles le chauffeur ne semblait vraiment, mais alors vraiment pas, à l’aise. Plusieurs fois il a même pilé juste avant de tourner dans des virages en épingle, ce qui nous donnait à tous l’impression que nous allions nous écraser en contrebas. Nous sommes malgré tout arrivés à bon port et il ne m’a fallu attendre que quelques minutes avant de réaliser que je m’étais une nouvelle fois fait baiser comme jamais par nos amis Vietnamiens : c’est à bord d’un bus complètement défoncé dont le pare-brise était éclaté et dans lequel je n’avais qu’un simple siège incroyablement inconfortable que j’ai embarqué pour parcourir de nuit et par un froid polaire les 600km restants jusqu’à Hanoi. Mais le plus beau restait malgré tout à venir… 2 heures après le départ le chauffeur s’est arrêté sur le bas-côté pour vomir par la fenêtre avant de repartir pour plus de 4h de conduite sans pause et pour une série de dépassements de camions dans des virages en côte en klaxonnant comme un taré, tout cela avant de continuer à rouler pendant une bonne demi-heure avec une bâche en plastique coincée dans l’essieu de la roue arrière gauche du véhicule. Je ne voudrais surtout pas jouer ma fiotte mais là je peux dire que j’ai vraiment cru 2 ou 3 fois que ma vie allait s’arrêter dans cette nuit du 17 au 18 février 2010 ! Le Vietnam aura donc eu un effet positif sur moi car depuis que je suis arrivé je sens que j’ai développé de manière impressionnante à la fois mes facultés de négociations, ma patience, la maîtrise de mes nerfs et ma capacité à être fataliste, ce que j’ai toujours considéré comme étant une grande force caractéristique des peuples des pays en voie de développement. Donc en fait je suis en train de devenir « Moitholique » : c’est un peu comme être Catholique sauf qu’au lieu de croire chaque jour d’avantage en Dieu je crois chaque jour d’avantage en Moi et dans mes capacités à m’améliorer !

Heureusement le cauchemar s’est un peu calmé à partir de jeudi car j’ai trouvé à Ha Noi une ville assez agréable, à taille beaucoup plus humaine, et peuplée de gens nettement plus accueillants. Le contraste était tel avec ceux du Sud que j’en suis presque venu à considérer qu’Ho Chi Minh et ses camarades communistes du Nord devaient en fait être des personnes très sympathiques ! Le problème principal résidait en revanche dans la météo car la température y dépassait à peine les 10 degrés et j’ai du dès mon arrivée sortir 2 pulls, 1 veste, mon écharpe et mon bonnet pour ne pas mourir de froid ! Cela ne m’a toutefois pas empêché de me rendre dès le lendemain dans la baie d’Along et cette journée m’a quelque peu réconcilié avec le pays.

Après 4h de bus je suis en effet arrivé dans un cadre merveilleux et j’y ai découvert un paysage magnifique qui ne figure pas parmi les 7 merveilles du monde modernes pour rien. En plus j’ai eu la chance de passer l’après-midi sur un bateau traditionnel en bois qui nous a emmenés au milieu de cet archipel d’îles sauvages dans lequel la nature a réalisé l’une de ses œuvres les plus belles. L’aspect extérieur de ces rochers est splendide mais le vrai trésor de ce lieu se trouve en intérieur car l’on y trouve des grottes gigantesques que les Vietnamiens ont parfaitement su mettre en valeur grâce à des jeux de lumière particulièrement intelligents. Le seul reproche que l’on puisse faire à ce lieu c’est qu’il est aujourd’hui outrageusement touristique, ce qui lui fait perdre une partie de son charme et de sa magie. Mais comme j’ai bénéficié pendant toute la journée des commentaires d’un guide aussi marrant qu’intéressant cela a compensé en partie cette légère déception. En revanche ma journée a été assombrie par un évènement désagréable, la casse involontaire de mon appareil photo par un touriste japonais qui a violemment replié son strapontin dans le bus sur la poche de ma veste. Il va donc falloir que j’en rachète un à nouveau, pour la deuxième fois en moins de 3 mois. A ce rythme là je n’aurai plus d’argent pour bouffer en Amérique du Sud !

Cette semaine n’aura donc vraiment pas été la meilleure de mon voyage mais elle aura eu le mérite de me faire redescendre un peu du petit nuage sur lequel j’étais perché depuis un bon moment. Cela me permet de prendre un peu plus de recul sur ce que je suis en train de vivre et peut être de réaliser encore d’avantage à quel point ce que je suis en train de vivre est extraordinaire. Cela me permet également de prévoir plus aisément les désagréments que je ne vais pas manquer de continuer à rencontrer pendant les 6 prochains mois, et donc d’être plus à même de les appréhender. Mais maintenant que je me suis pris la petite claque dont j’avais certainement besoin pour apprécier encore plus ce tour du monde je dois reconnaître que j’ai vraiment hâte de me retrouver à nouveau dans une atmosphère conviviale et épanouissante dans laquelle je pourrai reprendre ma marche en avant. Je ne veux pas mettre trop de pression sur nos amis Laotiens mais aujourd’hui mes attentes sont grandes !