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New York
Décalage horaire : -6


Mais qu’elle est donc cette odeur douce et âcre à la fois ? On dirait bien celle du parfum de la fin de mon tour du monde… Et oui, le voyage de ma vie est lentement mais sûrement en train de s’achever et les émotions les plus contradictoires se bousculent aujourd’hui dans ma tête, m’entraînant dans une sorte de tourbillon qui m’empêche de prendre pleinement conscience de tout ce qui se passe en ce moment. D’un certain côté je suis ravi de rentrer en France dans une semaine et d’y retrouver tous ceux qui m’auront vraiment manqués pendant ces neuf mois irréels, mais d’un autre côté je n’arrive pas à concevoir que l’exploration du monde, moteur de ma vie tout au long de cette année, va s’arrêter comme ça, du jour au lendemain. Et lorsque j’envisage mon quotidien sans ces découvertes perpétuelles je suis envahi d’une grande tristesse qui va certainement mettre un bon moment avant de disparaître. Mais comme le dit si bien l’adage populaire « toutes les bonnes choses ont une fin » et cela ne signifie pas pour autant que le chapitre de ma vie qui va succéder à celui-ci ne sera pas tout aussi passionnant et enrichissant. Il sera, certes, différent mais je l’espère surtout différemment extraordinaire. En attendant je fais tout mon possible pour profiter au maximum de mes derniers jours à vivre comme un oiseau sur la branche et pour continuer à faire le plein de souvenirs inoubliables en vivant le plus d’expériences inédites possibles.

Et cela est rendu d’autant plus facile par le fait que je jouis à New York d’un cadre de vie et d’un confort exceptionnels que je n’avais plus connus depuis très longtemps. Grâce à Pierre, mon oncle, qui m’accueille très gentiment chez lui pendant les deux dernières semaines de mon périple, et qui est d’une générosité sans limite, je peux en effet profiter pleinement des charmes multiples de la ville qui ne dort jamais sans me soucier tous les deux jours des solutions d’hébergement que je vais avoir à trouver ou des petits tracas du quotidien qui vont de paire avec l’adoption d’un mode de vie vagabond et solitaire. C’est donc dans un véritable petit cocon que je me suis réfugié au début de cette semaine et cela me permet de regoûter le plus tranquillement du monde aux joies de la vie dans une mégalopole, et plus particulièrement aux joies de la vie dans une mégalopole telle que la Grosse Pomme. Et lorsqu’en plus la semaine débute avec un dîner dans un restaurant de luxe dont l’une des spécialités est le homard tous les ingrédients sont en effet bien là pour savourer pleinement la vie au sens le plus large du terme. Car c’est bien dans un resto de luxe que Pierre m’a emmené dimanche soir afin d’y retrouver deux de ses amis avec lesquels nous avons passé un moment très agréable. Celui-ci est même devenu parfait lorsque le patron de l’établissement a décidé de se joindre à nous pour nous offrir une dégustation de plusieurs vins tous plus excellents les uns que les autres. Comme le disent si bien nos amis de chez Nespresso… What else ?! Mais comme je le disais précédemment toutes les bonnes choses ont une fin et vers 11h il nous a fallu mettre un terme à cette petite réunion très conviviale car, en dehors de moi bien évidemment, tout le monde bossait le lendemain.

C’est donc bien reposé, après une longue nuit de sommeil qui commençait à devenir vitale pour moi après les 60h de voyage en enfer que je venais d’achever, que j’ai pu me lancer lundi matin dans ma conquête de New York. Il ne s’agissait d’ailleurs pas pour moi d’une découverte de la ville car, m’y étant rendu à 6 ou 7 reprises auparavant, je connaissais déjà très bien la plupart des quartiers de Manhattan. Je me suis donc en fait retrouvé dans une situation intéressante et confortable dans laquelle je n’avais qu’à choisir parmi mes lieux de prédilection avant de m’y rendre afin de m’y promener tranquillement et de profiter ainsi au maximum de mes derniers jours de liberté absolue. Mais à cette envie de flâner s’alliait ce jour-là le besoin pressant de faire un peu de shopping car, après de longs mois à user mon pauvre jean et mes 3 malheureuses paires de chaussures sur les routes du monde entier, le contenu de mon sac à dos ressemblait plus à la garde-robe d’un clochard upper-classe qu’à celle d’un jeune cadre dynamique à la conquête des Etats-Unis. C’est donc vers Century 21, un magasin situé à Ground Zero qui propose des articles de marque à des prix défiant toute concurrence que je me suis dirigé en descendant à pieds la mythique avenue de Broadway jusqu’à la zone aujourd’hui en chantier sur laquelle trônaient les fameuses tours du World Trade Center avant les attentats du 11 septembre 2001. Puis c’est dans ce quartier que j’ai erré pendant quelques heures, avec mes nouvelles chaussures chics et pas chères à la main, avant de partir retrouver mon oncle et parrain pour un dîner cette fois-ci en tête-à-tête dans un bar à sushi, dîner complété d’une glace et d’une bière dans un bar typiquement américain avec musique country et Santiags de rigueur comme on en trouve finalement assez peu dans New York. En gros cette soirée a ressemblé étrangement aux sorties que l’on effectuait ensemble lorsque j’étais petit et qu’il s’occupait de moi une fois de temps en temps à Paris pendant le weekend, sauf qu’aujourd’hui j’ai en plus le droit de picoler et que nos conversations sont d’une nature totalement différente !

Mais le lendemain matin c’est seul que je me suis attaqué à la balade du jour et celle-ci m’a emmené sur la 5ème Avenue, haut lieu touristique s’il en est. Entre l’Empire State Building, le Rockefeller Center, les enseignes de luxe, la cathédrale Saint Patrick, Central Park, les vendeurs de hot-dogs et la population grouillante qui se rend d’un spot à l’autre en troupeau compact et sans jamais lâcher son appareil photo, on ne peut en effet pas douter bien longtemps du fait qu’il s’agisse de l’une des artères les plus prisées par les visiteurs du monde entier. C’est donc avec un immense bonheur que j’ai une nouvelle fois arpenté les trottoirs de la plus longue avenue du monde, mais je n’y suis malgré tout pas resté très longtemps car j’avais encore du mal à me remettre physiquement de mon exploit routier des jours précédents. En plus je me devais d’être en forme le soir même car, hasard du calendrier et chance pour moi, il y avait une soirée French Tuesdays ce jour-là et celle-ci était en plus organisée dans l’une des boîtes les plus selects de la ville. C’est donc vers mon lit que j’ai migré rapidement en milieu d’après-midi afin d’y effectuer une petite sieste redynamisante puis, après 2 petites heures de sommeil, je me suis enfermé dans la salle de bain et je m’y suis préparé pendant des plombes, telle une minette de 16 ans à qui ses parents ont donné l’autorisation pour la première fois de sortir en boîte avec ses copines ! Du coup j’étais toute belle au moment de faire mon entrée dans l’arène festive et c’est irradiante de beauté que j’ai bougé mon corps pendant toute la nuit sur l’un des dancefloors les plus en vue du moment, et ce au rythme d’une musique endiablée mixée à merveille par un DJ venu tout spécialement du Brésil pour l’occasion… Bon, on se calme maintenant et on arrête de m’imaginer en robe à froufrous et en talons aiguilles, c’est en fait juste en costard-cravate que j’ai fait honneur à la vodka locale jusqu’à 1h du mat’, pas de quoi s’exciter plus que ça les enfants !

Il n’y a d’ailleurs pas de quoi s’exciter plus que ça non plus sur les deux jours qui ont suivi car, je l’avoue, je n’ai franchement pas fait grand-chose. Et le pire c’est que je n’en ai absolument pas honte ! Pierre étant parti en Espagne le mercredi matin, afin d’y passer le weekend chez un de ses amis, je bénéficiais de l’appartement pour moi tout seul et je possédais ainsi MON propre chez moi l’espace de quelques jours, chose qui ne m’était quasiment jamais arrivée depuis mon départ désormais si lointain. J’étais du coup complètement libre et je pouvais y faire tout ce que je voulais : m’affaler sur le canapé afin de glandouiller devant la télé tout en me gavant de glace, entamer une collection de chaussettes sales au milieu du salon, me balader à poil sans prendre le risque de choquer qui que ce soit ou de voir débarquer la brigade des mœurs, chanter à tue-tête devant mon miroir avec une bouteille de shampoing en guise de micro… Absolument tout ce que je voulais je vous dis ! Autant dire que je ne m’en suis pas privé et, tel un ado qui profite de l’absence de ses parents pendant le weekend, j’ai passé l’essentiel de mon temps à achever la phase de récupération de mon voyage interminable depuis Las Vegas en regardant des séries toutes plus niaises les unes que les autres. Mais au moins j’avais la décence de les regarder en anglais, et de toute façon ces œuvres d’art télévisuelles font partie du patrimoine culturel américain (bah oui les pauvres, à part le baseball, le Mc Do et les obèses ils n’ont quand même pas grand-chose d’autre à se mettre sous la dent). Donc on ne pourra pas m’accuser de ne pas avoir fait un effort pour m’intégrer au pays et à sa mentalité aussi rapidement que possible.

Cela demande d’ailleurs un effort considérable pour s’abrutir comme je l’ai fait pendant 48 heures d’affilées et c’est la raison pour laquelle j’ai décidé de faire un break vendredi matin en allant me prendre pendant quelques heures un petit shot de culture bien de chez nous. Pour cela je me suis donc rendu au Guggenheim, le célèbre musée situé sur la 5ème avenue, le long de Central Park. Et là je me suis enfin senti revivre en contemplant avec amour des toiles de Manet, de Monet, de Chagall, de Picasso ou encore de Kandinsky. Mais lorsque l’on visite cette fondation il faut malgré tout posséder un don  extraordinaire de patience pour pouvoir s’extasier pleinement devant les chefs d’œuvres que l’on y trouve, tout en faisant abstraction des saloperies artistiques dont ils sont entourés. Car on y découvre également une foultitude de véritables scandales visuels que leurs défenseurs qualifieront naïvement d’art moderne. Mais personnellement, lorsque je me retrouve face à un spot qui diffuse une simple lumière blanche de forme carrée sur le sol en béton, devant une spirale constituée de photos en noir et blanc de seins et de sexes masculins, ou en présence d’une vidéo d’un vieux assis sur une chaise dans une salle de danse et qui ne bouge pas un cil pendant une demi-heure, j’appelle personnellement ça du bon gros foutage de gueule. En plus, à 18$ l’entrée on est quand même en droit d’attendre au moins un strip-tease du papy virtuel, ça serait la moindre des choses il me semble !

C’est donc à la fois ravi d’avoir pu admirer des toiles de maîtres et frustré d’avoir eu en même temps l’impression d’assister à l’exposition de fin d’année d’une classe d’arts créatifs pour enfants de 8 ans que je suis ressorti de ce musée qui vaut tout de même le coup d’être visité, ne serait-ce que pour son architecture originale en colimaçon. Et, profitant de sa proximité immédiate, c’est dans Central Park, le poumon de New York, que j’ai poursuivi ma journée de promenade citado-champêtre. J’ai ainsi erré pendant deux bonnes heures au milieu des nombreux joueurs de baseball, des lacs sur lesquels un grand nombre de personnes s’adonnaient au plaisir des balades en barque, des immenses rochers que l’on y trouve un peu partout et qui donnent l’impression d’être perdu dans un parc naturel à des milliers de kilomètres de toute forme de civilisation, des écureuils qui semblent parfaitement à l’aise avec les humains qui cherchent perpétuellement à les prendre en photo, ou encore des immenses pelouses sur lesquels le maillot de bain est la tenue officielle par jour de beau temps pour tous ceux qui souhaitent bronzer au milieu des gratte-ciels. Puis, avant de retourner à l’appart’ et d’y retrouver mon petit confort adoré, c’est par Times Square que je suis passé afin d’en prendre plein les yeux grâce à ses dizaines d’immenses panneaux publicitaires colorés et à ses innombrables écrans sur lesquels défilent les nouvelles fraîches dont personne ne semble en fait véritablement se soucier.

Après cette longue marche dans Manhattan j’étais donc bien sûr ravi de pouvoir me jeter à nouveau sur mon canapé et de m’y étendre pendant un petit moment, mais celui-ci n’a pas duré si longtemps que ça car ma soirée du jour s’annonçait chargée, et une fois encore j’avais du boulot pour transformer la chrysalide en papillon ! Je devais en effet rejoindre toute l’équipe de French Tuesdays pour une nouvelle soirée à Avenue, la boîte dans laquelle je m’étais rendu le mardi soir, mais cette fois-ci il ne s’agissait plus d’une soirée privée et l’accès y était par conséquent beaucoup plus compliqué. Mais heureusement la réputation de mon oncle nous y avait précédés et c’est finalement avec une facilité presque excessive que je suis rentré pour la deuxième fois en une semaine dans l’un des lieux les plus branchés du moment. Il suffisait d’ailleurs de jeter un coup d’œil à la population présente pour comprendre que l’on faisait véritablement partie des rares privilégiés qui ont la possibilité de participer à ce genre de fiestas déjantées. Pour faire simple ça ne servait à rien de demander à l’une des participantes ce qu’elle faisait dans la vie… elles étaient toutes mannequins ! Et c’est donc jusqu’à une heure bien avancée de la nuit que j’ai fait la fête, entouré de porte-manteaux ambulants qui faisaient pour certaines quasiment le double de ma taille. Mais ma rencontre la plus intéressante ce soir là ne fut pourtant pas avec une bombe anorexique de l’Est comme on aurait pu l’imaginer, mais bien avec Yonel, un Français juif de 25 ans d’origine marocaine qui effectue depuis près d’un an son master spécialisé en immobilier à la très réputée université de Columbia. Certes il n’avait pas les atouts physiques de la grande majorité des asperges en fringues de marque qui picolaient à la table d’à côté, mais nous avons tout de suite sympathisé et vers 3h du mat’ il m’a fait une proposition insolite que je ne m’attendais franchement pas à recevoir : celle de l’accompagner le lendemain à la synagogue afin d’y rencontrer du monde (on comprend tous ce que ça veut dire !) lors du repas servi après l’office hebdomadaire !

Alors, ne souhaitant pas laisser un ami seul dans le besoin et désireux de poursuivre ma série désormais interminable de découvertes en tous genres, j’ai accepté et samedi à 11h pétantes je l’attendais devant la porte de la « Synagogue de la 5ème Avenue » pour une immersion dans un monde que je ne connaissais absolument pas. C’est donc un peu stressé que j’ai pénétré à l’intérieur de ce lieu de prière dans lequel on peut rencontrer en l’espace de 5 minutes les businessmen qui doivent peser à eux trente à peu près l’équivalent de la moitié du PIB de New York ! Mais l’objectif était surtout pour moi, catho de père en fils depuis Moïse voire même avant, de passer inaperçu et de me fondre dans la masse sans me faire débusquer. Alors sur le plan physique je n’avais pas trop de problème car avec ma kipa empruntée pour l’occasion et ma tête d’Israélien je faisais assez bien dans le paysage. Mais en revanche sur le plan connaissance des rites et des coutumes, à part la finance et l’immobilier, là j’avais des lacunes énormes et le but du jeu était pour moi d’esquiver le plus adroitement possible les conversations qu’un grand nombre de personnes essayaient d’engager avec moi. Car l’ambiance était extrêmement conviviale, voire familiale, et je n’ai donc pas eu à attendre bien longtemps avant de me retrouver en pleine discussion avec des gens aussi gentils qu’accueillants qui n’arrêtaient pas de me poser des questions embarrassantes auxquelles j’étais absolument incapable de répondre :

« - Alors, toi tu es Ashkénaze ou tu es Séfarade ?  
-      Heu, non… Moi je suis Louis-Florent. Les deux autres je ne les connais pas.
-      Mais tu effectues la prière selon quel rite ?
-      Moi c’est un peu particulier car c’est un rite qui vient du sud du 16ème arrondissement et que personne ne connaît dans le reste du monde donc ça serait un peu trop long à expliquer là.
-      Mais Louis-Florent ça ne fait pas très juif comme prénom, c’est quoi ton nom de famille ?
-      Ah lui il est 100% juif, c’est Ben Dyèvre…
-      Attends, tu as faim ? Tu veux manger quelque chose ?
-      Oui, je veux bien une part de pizza au jambon… Euh non, au poulet. Oui, c’est ça, au poulet.
-      Et sinon je connais très bien Paris, tu te rends à quelle synagogue ?
-      Alors l’adresse exacte je ne m’en souviens plus, mais vous devez certainement la connaître : c’est une synagogue qui est dans une rue où il y a des immeubles, il y a aussi des platanes qui sont plantés pas loin et il y a souvent des voitures garées devant… Bon allez je dois y aller maintenant, Shalom ! »

Et c’est donc après avoir tenté d’esquiver les questions piège pendant une bonne heure, avec une aisance toute relative mais sans toutefois m’être fait démasquer, que je suis reparti avec Yonel et une jeune juive orthodoxe rencontrée quelques minutes auparavant, qui elle était clairement venue chercher un mari qui ne sera logiquement pas moi, pour une balade au cours de laquelle nous sommes passés devant Grand Central, la splendide gare qui est la plus importante de la ville, et à proximité de la Public Library, l’une des plus belles bibliothèques du monde. Puis chacun est reparti de son côté et c’est seul que j’ai fini Shabbat dans l’appartement qui était encore à mon entière disposition pendant quelques heures !

C’est donc une semaine relativement calme qui vient de s’achever mais le contexte dans lequel je vis en ce moment est idéal pour préparer en douceur mon retour en France grâce à une sorte de période de transition au cours de laquelle je retrouve petit à petit mes marques dans un environnement connu, et au cours de laquelle je me refamiliarise tranquillement avec le concept de « quotidien ». Exactement ce qu’il me fallait : une sorte de sas de décompression dans un environnement glamour… Décidément ce voyage sera parfait jusqu’au bout !