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Chiang Rai – Bangkok : 687 km

Décalage horaire : +6
 

Je vous en supplie, offrez moi un matelas et laissez moi y dormir pendant 20 heures sans interruption ! Entre le manque de sommeil, mes nuits à même le sol, les gens qui fabriquaient des bébés à 4 h du mat’, mes dizaines de coupures un peu partout sur le corps, mon ongle de pied arraché, les enfants qui m’utilisaient comme moyen de locomotion, les treks dans la jungle, les travaux physiques qui nous ont encore bien occupés cette semaine, le whisky local que l’on me forçait à ingurgiter à chaque dîner, les conditions d’hygiène déplorables et une nouvelle nuit dans le bus je suis aujourd’hui dans un état physique lamentable ! J’ai donc un mal fou à garder les yeux ouverts mais malgré cet épuisement je me sens incroyablement bien. Les expériences que je viens de vivre se sont encore avérées être tellement enrichissantes que j’ai sincèrement le sentiment d’être en pleine forme. Pourtant je sens bien que mon corps menace de se mettre à tout moment en grève surprise et ce pour une durée indéterminée !

Cette nouvelle semaine a donc commencé dimanche dernier, à notre retour de Chiang Rai, par nos retrouvailles avec les enfants du village et une partie de badminton qui a duré jusqu’à l’heure du dîner. Ces activités sportives étaient d’ailleurs pour nous le meilleur moyen de partager de bons moments avec eux car elles ne nécessitaient pas de communication verbale, ce qui arrangeait tout le monde. Pour ce qui était des longues conversations plus ou moins profondes nous attendions de nous retrouver entre volontaires afin de pouvoir discuter en anglais, une langue que je maîtrise un peu mieux que le dialecte Akha ! Mais ce soir là ce fut avec Kaussalia, une parisienne trentenaire d’origine indienne, que j’ai passé 2 bonnes heures à philosopher en français sur les pourquoi et les comment de l’Amour, elle me confiant ses doutes sur son couple et moi lui faisant part de mes réflexions et de mes désillusions sur le sujet. Après plus de 3 mois et demi à faire le point sur ma vie, passée et à venir, j’ai le sentiment d’avoir effectivement beaucoup évolué dans ma perception des choses et cela m’a fait beaucoup de bien de pouvoir clarifier encore un peu plus ce que je ressens en l’exprimant à haute voix. Mais aussi passionnant qu’ait pu être cet échange, certes parfois un peu déprimant, cela ne changeait en rien notre planning de la semaine et il a fallu y mettre un terme vers 11 heures afin d’aller se coucher et être en forme pour notre mission du lendemain !

Celle-ci ne fut d’ailleurs pas franchement une découverte puisqu’elle elle a consisté à retourner à la rivière pour ramasser les pierres qui allaient nous permettre d’achever la construction des murs de la salle à manger. Mais cela ne me dérangeait pas le moins du monde, j’appréciais ces moments passés les pieds dans l’eau à effectuer une tâche utile aux villageois qui, je l’espère, penseront un peu à nous lorsque dans quelques jours ils y partageront leurs repas. Je devais toutefois être le seul à raisonner de la sorte car les filles ne cachaient pas leur manque de motivation et j’ai ainsi dû me farcir tout seul une bonne partie du boulot ! Heureusement l’après-midi fut consacrée à l’enseignement des rudiments de nos langues respectives aux petits écoliers Akha et cette nouvelle activité nettement moins physique a semblé leur remettre un peu de baume au cœur. Nous avons donc passé près de 3 heures à leur apprendre en chansons des mots basiques qu’ils répétaient en cœur. Je suis absolument sûr et certain qu’après 5 minutes ils ne souvenaient plus de rien mais cela nous aura au moins permis de passer un agréable moment d’échange au cours duquel nous avions malgré tout l’impression d’être un peu utiles !

J’ai ensuite personnellement continué l’expérience en accompagnant 5 ou 6 de ces charmantes petites têtes blondes, en fait totalement brunes, jusqu’à une cascade où ils ont joué pendant une bonne demi-heure, et où ils m’ont fait à nouveau prendre conscience du fait que leurs sources de plaisir sont bien différentes de celles des petits parisiens. Ma découverte de la culture thaïlandaise est donc permanente, mais ce n’était rien à côté du spectacle auquel j’ai eu droit lorsque je suis rentré en empruntant la « rue principale ». J’ai eu en effet la curieuse surprise d’assister au dépeçage d’un chien qui allait ensuite être découpé en morceaux et cuisiné avant d’être dégusté par un groupe constitué d’une dizaine d’hommes. J’étais bien évidemment aussi intrigué que surpris par ce que je venais de voir, mais j’ai appris le soir même qu’il s’agissait d’une coutume locale qui est perpétrée à chaque fois qu’une nouvelle maison est construite. L’esprit de la pauvre bête sacrifiée est censé protéger les nouveaux habitants et, plutôt que de se débarrasser vulgairement de la carcasse, les ouvriers travaillant sur le chantier sont invités à la savourer autour d’un repas convivial. J’imagine la tête de Brigitte Bardot si on importait cette tradition en France ! Heureusement notre soirée entre volontaires fut plus classique et ce n’est qu’en chantant autour d’un feu de camp que nous avons tué le temps avant de partir nous coucher.

Cette fois-ci ce n’est d’ailleurs pas dans notre hutte, à laquelle nous commencions à nous attacher, que nous avons passé la nuit, mais chez l’habitant où il avait été convenu que nous logerions pendant la première partie de cette semaine. L’idée me paraissait excellente et j’étais donc ravi d’avoir l’occasion de m’immerger encore en peu plus dans la vie quotidienne de cette tribu. Malheureusement le résultat fut loin d’être à la hauteur de mes espérances : pas une seule fois au cours de mon séjour chez eux je n’ai eu la chance de croiser mes hôtes, la pièce dans laquelle nous étions 3 à nous entasser avec tous nos bagages mesurait à peine 4 m², le froid se faisait intense au milieu de la nuit à cause du manque d’isolation, mes propriétaires fantômes étaient toutefois dotés de la faculté de faire du bruit et ne s’en privaient pas en copulant à 4h du mat’, leur bébé prenant le relais en hurlant à partir de 5h et les cochons clôturant ce festival en grognant sous notre chambre dès le lever du soleil… Que du bonheur !

Ce fut donc totalement épuisé, avec moins de 2 heures de sommeil à mon actif, que j’ai attaqué les activités champêtres du mardi matin. Ce n’était malgré tout pas trop grave car la première partie de cette journée fut consacrée à une balade dans les rizières, avec comme objectif avoué de récolter des plantes comestibles qui allaient nous servir lors de la préparation du déjeuner. Cela était d’ailleurs d’autant moins grave pour moi que, je l’avoue, je n’ai eu qu’une productivité très limitée au cours de cette activité. En fait, nous étions accompagnés d’une tripoté d’enfants qui ne demandaient qu’à jouer et à me grimper dessus pour se promener à dos d’être humain au milieu de ces paysages somptueux de carte postale. Je me suis donc laissé attendrir et très rapidement je me suis retrouvé avec un cavalier sur les épaules, un autre assis sur mon bras gauche et un troisième qui se pendait comme un ouistiti à mon bras droit. Parfait après une nuit qui s’apparentait plus à une sieste qu’à un véritable moment de récupération ! Mais cela a quand même eu l’avantage de me motiver pour me jeter dans la foulée dans l’eau froide de la rivière, ce que je fis sans même me poser de questions étant donné la sensation de saleté que je ressentais ! Puis, pris dans un élan de propreté digne d’une vraie petite fée du logis, j’ai poursuivi ce bain en lavant mes vêtements au savon, ce qui m’apparaissait être une idée assez ingénieuse pour éviter de sombrer totalement dans un manque d’hygiène qui aurait commencé à devenir problématique.

C’est donc un peu mieux réveillé et sentant bon la rose que j’ai commencé à participer en début d’après-midi à la réparation du toit en osier de l’habitation dans laquelle nous avions passé toute notre première semaine. Mais ma motivation allait rapidement en prendre un sacré coup à cause des pépins physiques particulièrement douloureux qui n’allaient pas tarder à me stopper dans mon élan. Le premier, et le moins grave, fut occasionné par les panneaux que nous avions préparé la semaine précédente et dont les tiges m’ont gentiment tailladé le bras droit lorsque je les ai transportés jusqu’à l’endroit exact où ils devaient être posés. Rien de grave mais sensation tout de même assez désagréable. Le second pépin fut en revanche un peu plus grave car, au cours d’un autre trajet consacré au transport de ces tuiles un peu particulières, j’ai violemment shooté dans une pierre et, étant en tongs, je me suis cassé et arraché une bonne partie de l’un de mes ongles de pied. Autant dire que la plaie n’était pas jolie à voir et que je pissais le sang, donc je suis parti fissa me désinfecter et me mettre un pansement pour éviter une infection dans cet environnement hostile. Du coup j’ai été contraint de m’arrêter de bosser et j’ai eu le privilège de pouvoir regarder les autres continuer à s’activer, tout en douillant quand même bien comme il faut tout seul dans mon coin.

Ce moment d’oisiveté n’a toutefois pas duré bien longtemps car, réalisant que je n’étais là que pour à peine deux semaines, j’ai voulu au plus vite reprendre part aux activités du village. Il fut donc possible, environ 3 heures après cet accident, de me voir jouer au badminton sur une patte, ce qui ne m’empêchait pas de mettre une raclée aux petits thaïlandais qui me regardaient, je pense, un peu hallucinés ! Puis le calme fit son retour lorsque, une fois les enfants couchés, nous avons passé un bon moment entre volontaires et coordinateurs du camp à faire un brain storming sur les améliorations à y apporter dans le futur pour que les suivants puissent optimiser au maximum cette expérience incroyablement enrichissante. Cela me fit d’ailleurs beaucoup de bien de me retrouver dans un cadre serein pendant quelques heures car la nuit qui suivit ne fut, elle non plus, pas de tout repos. Outre les râles répétés à la fois des animaux et de ma voisine de chambre, j’ai eu cette fois-ci le droit à un hurlement à glacer le sang de la part de l’Allemande qui s’était apparemment faite piquer par une araignée. Et hop, encore une nuit de moins de 3 heures à mettre à mon actif !

Du coup, entre mon maque de sommeil et mon pied qui me faisait souffrir, il a été convenu mercredi que je ne prenne pas part à l’activité du jour, qui était la suite de la construction du mur de la salle à manger. En plus un trek de 2 jours dans la jungle était prévu à partir du lendemain, et cela impliquait évidemment de porter des chaussures fermées, donc je voulais à tout prix mettre toutes les chances de mon côté pour être en mesure physiquement d’y participer. La journée fut donc assez longue et, en dehors d’un spectacle de danse assez amusant performé par les petits en début de soirée, je n’ai assisté à rien de vraiment intéressant ce jour là. D’un autre côté, une journée d’oisiveté en 15 jours de découvertes et de suractivité ne me semblait pas franchement être totalement abusée ! Et elle ne fut de toute façon pas complètement perdue car elle m’a permis de reprendre suffisamment de forces pour prendre part à ce qui allait être l’une des aventures les plus extraordinaires qu’il m’ait été donné de vivre jusqu’à présent.

J’ai en fait compris très tôt jeudi matin que cette marche dans la jungle, à laquelle je me sentais donc suffisamment remis pour y participer, allait être absolument incroyable. En effet, lorsque le chef du village s’est approché de moi et m’a confié un fusil, que j’ai porté pendant 2 jours sur mon épaule, puis une machette, qui logeait dans un fourreau accroché à ma ceinture, j’ai réalisé qu’on ne partait vraiment pas faire les soldes dans le centre commercial le plus proche ! Autant dire que même avec un pied en moins je serais de toute façon parti avec les autres, rien n’aurait pu m’empêcher de jouer pendant quelques heures le rôle d’un personnage à mi-chemin entre Tarzan, Indiana Jones et James Bond !

Nous nous sommes donc mis en route vers 9h30 et, après une petite heure et demie de marche au milieu de la végétation sauvage, à découper les branchages au couteau et à enjamber des cours d’eau, nous avons atteint le refuge où nous devions passer la nuit. Cette arrivée fut d’ailleurs marquée par le premier, et heureusement dernier, petit drame de cette expédition, lorsque l’un des ados qui nous accompagnait s’est fait attaquer par un essaim de guêpes qui avaient élues domicile dans les structures creuses de l’abri traditionnel. Mais après un enfumage dans les règles et le constat qu’il y avait eu plus de peur que de mal nous avons pu attaquer la suite du programme, à savoir la construction d’une table en bois qui nous a permis de bénéficier d’un minimum de confort dans notre campement. Cela s’est ensuite poursuivi par une collecte de bambou, que nous avons appris à découper à la machette, et par la fabrication de couverts que nous avons taillé toujours à l’aide de cet outil particulièrement dangereux. Cet exercice n’est en plus vraiment pas évident mais, après quelques tentatives infructueuses, j’ai fini par me constituer un ensemble « assiette/gobelet/baguette » du plus bel effet qui, j’en suis sûr, ferait un véritable tabac chez IKEA !

Mais il ne faut pas oublier que nous évoluions dans un décor absolument splendide et, lorsque nous sommes arrivés au bord d’une cascade d’une dizaine de mètres de haut, nous n’avons pas résisté à l’envie d’abandonner pour quelques instants les tâches nécessaires à notre survie pour prendre un rapide bain glacé bien mérité. Ce moment fut également l’occasion de nous poser un peu et de déguster nos pique-niques embarqués le matin même, pique-niques constitués en fait de riz et de porc enveloppés soigneusement dans des feuilles de bananier.

 

Après cet instant de détente incroyablement agréable nous avons tout de même fini par reprendre une activité un peu plus normale pour une troupe de trekkeurs en rejoignant le camp de base où nous nous sommes attelés à des tâches un peu plus indispensables qu’une baignade en eau claire. La première d’entre elles fut de s’occuper du diner et d’essayer de concocter un menu en fonction des éléments mis à notre disposition immédiate par la nature. J’ai ainsi eu la chance d’avoir un cours privé, dispensé par Tho, sur l’art de la pêche en mares boueuses. Celui-ci fut d’ailleurs d’autant plus intéressant que, à cause de ma blessure au pied, je ne pouvais pas aller ramasser au fond de l’eau dégueulasse où il gisait le filet que je venais de jeter. L’un des enfants qui nous accompagnaient s’y jetait donc avec plaisir et cela permettait de constater, au sec, si je venais ou non de contribuer à l’amélioration du repas du soir ! Puis Pim, la femme du chef, nous a initiés à la cuisson du riz au feu de bois dans des tiges de bambou, cela juste avant que je parte à la chasse avec Tiki, le second accompagnateur. Malgré mon look incroyable résultant de mon port altier du fusil et de mon chapeau d’explorateur je suis rentré bredouille, n’ayant pas croisé un seul tigre sur mon passage. Mais quoi qu’il en soit cette préparation de diner m’a bien changé de mes précédents réchauffages de plat Picard, si caractéristiques de la gastronomie étudiante !

Une fois cette question culinaire réglée il a fallu s’attaquer à celle de l’hébergement, car il n’était pas prévu que nous dormions dans l’abri existant. Nous avons donc pour cela récolté des feuilles de bananiers que nous avons sauvagement entassés sur une sommaire structure en bambous qui dessinait les contours d’un refuge malgré tout assez correct. Mais nous n’avons au final pas eu l’occasion de tester l’efficacité de notre chef d’œuvre car en plein milieu de soirée, alors que nous dégustions l’incontournable whisky Akha, un orage s’est déclenché et cela nous a contraints à tous nous réfugier sous l’abri en semi-dur. Cet évènement désagréable a quand même été source de poésie car notre guide nous a expliqué qu’il s’agissait en fait des esprits des ancêtres qui manifestaient leur tristesse de nous voir partir deux jours plus tard, et qui exprimaient leur peine en pleurant depuis les cieux dans lesquels ils ont aujourd’hui élu domicile. Plus classe qu’une explication purement météorologique n’est ce pas ?!

En revanche ce qui ne fut pas classe du tout ce fut la nuit qui suivit. Elle fut en effet rythmée par les ronflements de l’une des Coréennes et, avant de céder à la tentation d’utiliser ma machette pour autre chose que la découpe de bambous, j’ai opté pour une nuit à même le sol, sous le plancher de la cabane et loin de ces désagréables bruits nocturnes. Mais je ne sais pas ce qui était le pire entre ça et le mélange de poussière et de cailloux sur lequel je tentais de trouver le sommeil, en tout cas je n’ai pas du dormir beaucoup plus d’une heure avant d’assister à un magnifique lever de soleil sur la vallée que nous surplombions. Du coup, afin de me défouler un peu et d’extérioriser mon énervement qui était empreint d’une bonne dose de fatigue, j’ai rapidement saisi mon fusil et je suis parti tout seul à la chasse au petit matin… Je tiens donc à m’excuser publiquement auprès de la famille de l’oiseau qui a injustement pâti de ma mauvaise humeur, et que je n’ai même pas pu aller chercher pour le petit déjeuner à cause de la densité trop importante de la végétation qui me séparait de lui !

Après ce réveil pour le moins original j’ai rapidement regoûté au bonheur simple de vivre cette expérience unique dans la jungle et c’est plus motivé que jamais que je me suis mis en route pour les 6 heures de marche que nous allions effectuer. Je me suis donc régalé toute la journée en franchissant des torrents sur des pierres glissantes et instables, en évoluant au milieu de zones envahies par les bambous et par des lianes, ou encore en gravissant des pentes particulièrement raides sur de petits chemins en terre excessivement glissants. Heureusement mon doigt de pied bien enveloppé dans des pansements enduits de désinfectant ne se rappelait pas trop à mon bon souvenir et j’ai pu apprécier chacune des minutes passées à jouer au mercenaire-rebel-narco-traficant thaïlandais, mon fidèle fusil toujours à mes côtés ! Et il s’est d’ailleurs avéré être d’une utilité réelle lorsque, surgissant d’un arbre situé à quelques centimètres seulement du chemin que nous empruntions, un serpent a eu la mauvaise idée de subitement en surgir pour nous barrer la route. Notre guide a alors réagi avec une promptitude impressionnante, s’emparant de son arme et tuant à bout portant l’animal qui, rétrospectivement, nous a à tous fait bien peur. Du coup, pour détendre l’atmosphère qui était devenue légèrement électrique Tiki a décidé d’organiser un concours de tir, les cibles ayant été taillées à la hâte dans l’écorce d’un arbre. Et j’ai été ravi de constater lors de cette session, au cours de laquelle j’ai mis chacun de mes coups dans le mille, que j’ai finalement gardé de bons réflexes des centaines d’heures passées à tirer à la carabine lorsque j’étais petit et que je passais mes vacances chez mon arrière-grand-mère, chez qui il n’y avait pas grand-chose d’autre à faire.

Cette activité allait d’ailleurs marquer la fin de ces 2 jours de trek fabuleux car quelques minutes seulement après nous être livrés à ces jeux de chasseurs nous avons atteint l’orée du village, puis nous avons eu la chance de goûter une dernière fois aux joies des bains naturels. Cela nous a ainsi permis de nous présenter tout beaux et tout propres à la cérémonie traditionnelle que les Akha avaient organisé le soir même pour célébrer notre départ. Nous sommes donc passés chacun notre tour devant le chef du village, sa femme, un vieux et une vieille afin d’écouter les incantations qu’ils murmuraient dans leur dialecte, avant de nous faire avaler un morceau de poulet mélangé avec du riz, des piments et de l’œuf, et de nous accrocher autour du poignet des fils blancs qui permettraient apparemment de bénéficier d’une protection de la part des esprits des ancêtres contre le mal qui règne en dehors de la jungle. C’est exactement ce qu’il me faut donc je ne vais pas retirer de sitôt ce bracelet aussi basique que magique !

Mais il semblerait qu’il ait un certain retard à l’allumage car moins d’une heure après l’avoir reçu je me suis méchamment cogné le pied sur une planche qui trainait par terre, et je me suis rouvert le doigt de pied qui venait à peine de cicatriser. Du coup retour à la case départ en repassant par la case infirmerie et impossibilité de participer aux danses traditionnelles qui ont ponctué cette veillée pour le moins originale.

Le lendemain, avant de repartir à Bangkok, je tenais tout de même à passer un peu de temps à jouer avec Mano, mon chouchou de 4 ans qui passe sa vie sur son vélo sans selle, sans frein et qui n’a qu’une pédale. J’ai donc fait abstraction de la douleur et j’ai consacré une bonne heure à ce phénomène doté d’une intelligence remarquable. Et oui, Mano n’a pas de selle… Mano s’assoie sur une tong, Mano n’a pas de frein… Mano bloque la roue arrière avec son pied, Mano déraille toutes les 2 minutes… Mano se met à genoux dans la poussière et répare ça en moins de 10 secondes, Mano est trop petit pour escalader les structures de la hutte… Mano m’oblige à me mettre à quatre pattes et m’utilise comme escabeau pour se hisser avec une agilité hallucinante jusqu’aux poutres en bambou, Mano a faim… Mano grimpe dans un arbre et va se chercher ses fruits lui-même… Aussi adorable qu’hallucinant ce gamin, je veux le même à Noël !

Et c’est donc le cœur un peu gros que j’ai quitté samedi en milieu de matinée ce village dans lequel j’aurais passé de si bons moments et appris tant de choses. J’avais peur que deux semaines dans cet environnement inconnu soient trop courtes pour en profiter pleinement mais quand je vois le recul que je suis désormais capable de prendre sur les notions de bonheur et de satisfaction je me dis que cette expérience aura malgré tout été extrêmement enrichissante. C’est donc avec le cœur léger et vraiment impatient de découvrir une nouvelle culture que je m’apprête à partir pour l’Inde, où je vais en plus avoir le bonheur de retrouver Sam, mon meilleur pote qui commence lui aussi à bien me manquer. Mais avant de m’envoler lundi matin vers de nouveaux horizons je vais vous laisser et… partir me coucher, donc bonne nuit et en attendant le récit de la semaine prochaine faîtes de beaux rêves de cérémonies traditionnels dans la jungle avec des enfants tout crades qui sont incroyablement débrouillards !