Menu:

Singapour


Sydney – Darwin : 3146 km
Darwin – Singapour : 3307 km
Décalage horaire Darwin : +8,5
Décalage horaire Singapour : +7


Hasta la vista l’Australia ! Après un peu plus d’un mois au milieu des kangourous, des surfeurs et des hippies il était temps pour moi de changer d’horizons. J’ai adoré ce séjour océanien mais c’est maintenant un tout autre voyage que je m’apprête à effectuer. Aujourd’hui c’est plutôt bonjour les pattes de poulet sucées comme des chupa chups, les temples somptueux et les fumeries d’opium… et oui, je suis bien arrivé en Asie du Sud-Est ! Et c’est plus précisément dans la moiteur si caractéristique de Singapour que je me trouve à l’heure actuelle.

Avant de rejoindre cette ville-état, capitale mondiale des interdictions en tous genres et des amendes aberrantes, j’ai profité au maximum de ma dernière journée Aussie. Le barbecue a tourné à plein régime pendant que nous nous baignions dans la petite piscine privée de l’immeuble ou que nous jouions au rugby sur la plage, puis nous sommes partis à Watsons Bay, un autre quartier très posh de Sydney, pour y déguster le semble-t-il traditionnel fish & chips du dimanche soir. Le cadre était vraiment parfait car il s’agissait d’un restaurant qui donnait directement sur l’eau. Encore une journée très difficile à mettre à mon actif ! Mais le vent du luxe allait très rapidement tourner pour laisser place à une absence de confort digne des plus grands vagabonds…

Le lendemain matin je partais en effet pour Singapour et le moins que l’on puisse dire c’est que ce trajet n’a pas été de tout repos. Dans mes plans initiaux j’étais censé passer 3 jours à Darwin avant de rejoindre l’Asie, mais quelques jours avant le départ j’ai décidé de changer mes billets. La raison principale était que je souhaitais arriver plus tôt afin de passer le plus de temps possible avec ma petite sœur préférée (certes je n’en ai qu’une mais je suis sûr que si j’en avais plusieurs elle serait toujours ma préférée car elle est juste incroyable. Au championnat du monde des sœurs les plus géniales elle met tout le monde d’accord et remporte la médaille d’or sans aucune contestation possible !). En fait, lorsque j’ai pris mes billets d’avion pour mon voyage elle ne savait pas encore qu’elle viendrait faire un stage de 6 mois à la BNP en equity research dans ce pays, donc j’ai finalement du modifier mes dates de séjour à la dernière minute. Mais comme j’avais tout fait pour minimiser le coût total de mon tour du monde lors de sa préparation j’étais passé par une compagnie low-cost qui ne me laissait qu’une marge de manœuvre limitée. Je ne pouvais ainsi ni changer la destination du vol ni annuler mon billet pour en racheter un autre. La seule opportunité que j’avais c’était de modifier la date de mon vol, ce qui impliquait que je devais malgré tout passer par Darwin.

Cela n’aurait pas été trop grave si je n’avais eu qu’une escale de quelques heures. Mais ce ne fut pas le cas, loin de là. Après être arrivé lundi à 17h30 heure locale dans cette ville perdue au fin fond du nord de l’Australie, j’ai du attendre le prochain vol pour Singapour qui n’était qu’à… 16h10 le mardi ! Ne voulant pas gaspiller inutilement de l’argent dans un taxi et dans un hôtel pour un séjour aussi court j’ai donc choisi d’attendre patiemment dans le hall de l’aéroport. Et l’expérience valait le coup d’être vécue…

Tout d’abord il faut savoir qu’à Darwin il n’y a quasiment rien à faire et que le terminal est à l’image de la région, totalement désert. Cela signifie donc que l’on n’y trouve qu’un seul café et 2 pauvres bornes internet qui doivent faire partie des 10 plus lentes du monde. La seule chose à peu près intéressante que j’ai découverte dans ce port de l’angoisse c’est qu’il existe des demi-heures de décalage horaire. Je suis certain que vous serez ravis d’apprendre que lorsqu’il est 4h12 à Paris il est très précisément 12h42 là-bas. En fait je sais très bien que cela n’a aucun intérêt mais c’est à peu près tout ce que j’ai appris en 23h d’errance dans un hall à peine plus grand qu’un terrain de tennis !

Mais l’ennui n’a pas été le pire des supplices. Le stress et la peur l’ont été. Car mes compagnons de chambrée n’étaient autres que des clochards aborigènes qui profitaient de l’absence de fermeture de l’aéroport pour venir s’y réfugier pendant la nuit. Le problème c’est que ce peuple est réputé pour être très agressif, principalement envers les blancs. En plus les miens étaient complètement bourrés donc je ne faisais pas, mais alors pas du tout, le malin. En fait je crois que ce qui me faisait le plus peur c’était surtout leur laideur inouïe. Je ne sais pas s’ils sont tous aussi moches mais les miens étaient particulièrement vilains. Leur physique ingrat était à mi-chemin entre celui de l’australopithèque et celui d’un zombie défoncé. Allongé sur mon banc je voyais donc errer des espèces de monstres bourrés et je ne pouvais m’empêcher de me demander quand ils allaient venir me tabasser. J’ai ainsi eu l’étrange impression de me retrouver en prison : bloqué dans un espace clos dont je ne pouvais pas sortir, avec des conditions de confort inexistantes et un sentiment d’insécurité totale… Je me suis donc juré de ne jamais rien faire qui puisse un jour me conduire dans un environnement pareil, et j’ai abandonné illico tout mes projets de montages financiers et immobiliers véreux!

Ne pouvant pas dormir dans de telles conditions j’ai décidé de migrer vers un endroit plus safe du terminal : l’espace situé devant la porte de l’AFP, l’Australian Federal Police. Le canapé présent à cet endroit étant déjà occupé je me suis allongé par terre et je suis enfin parvenu à m’endormir, la tête posée sur mon sac à dos et le reste de mon corps étalé de tout son long sur la moquette crade. Autant dire que les flics m’ont regardé bizarrement quand ils m’ont trouvé à moitié comateux devant leur local, tel un nouveau-né abandonné sur le perron d’une maison bourgeoise ! Mais au moins cela m’a permis de me reposer un peu et de faire passer un peu plus vite cette attente qui, à la fin, devenait franchement pénible. Car, oui, j’ai testé pour vous les 23 heures dans le hall d’un aéroport pourri d’une petite ville de province et le résultat est sans appel : c’est très chiant !

La fête fut finalement complète avec un vol Darwin-Singapour qui fut lui aussi assez épique. Lors de mon passage à la douane, côté Australie, un charmant jeune homme en uniforme est venu m’annoncer que j’avais été tiré au sort. Ravi de gagner pour une fois à un jeu de hasard j’ai été finalement très déçu lorsque j’ai appris que j’avais en fait été sélectionné pour subir une fouille au corps qui impliquait une palpation de toutes les parties de mon anatomie. Et lors de mon arrivée dans l’avion, toujours grâce à ma chance légendaire, j’ai découvert avec horreur que j’avais cette fois-ci hérité d’un voisin de 5 ans qui me semblait aussi mignon qu’insupportable et qui ne m’inspirait pas du tout confiance. Mes craintes étaient tout à fait justifiées car il a décidé de hurler, gesticuler, pleurer, sauter, chanter ou encore roter pendant toute la durée du vol, soit un peu plus de 4h30. Et comme si cela ne suffisait pas il a passé la dernière demi-heure à me fixer en arborant sur sa petite tête d’ange un sourire parfaitement démoniaque. Le schtroumpf n’avait beau mesurer qu’à peu près un mètre cela restait aussi troublant que désagréable !

Ce fut donc une vraie délivrance d’arriver à Singapour 37 heures après avoir quitté Rose Bay. Je n’ai cette fois-ci eu aucun problème pour passer la douane car je suis maintenant devenu un expert dans l’art de repérer les fonctionnaires les moins scrupuleux, et j’ai profité d’un instant d’inattention des préposés au contrôle des bagages pour me faufiler entre les postes de check-up afin de gagner la sortie sans être fouillé à nouveau. Et c’est sous un orage impressionnant, caractéristique du climat singapourien, que j’ai effectué mes premiers pas en Asie. Heureusement les averses sont ici fréquentes mais ne durent jamais très longtemps donc j’ai pu très rapidement profiter du paysage nocturne qui défilait devant la fenêtre du taxi qui m’emmenait chez Mançou (Amance pour l’état civil, mais c’est ma petite sœur préférée donc j’ai le droit de l’appeler par le surnom que je veux !).

Lorsque je suis arrivé à l’appart’ dans lequel elle est hébergée pour quelques semaines, le temps de trouver une colloc’, j’ai ressenti une joie intense. J’étais incroyablement heureux de retrouver la chtiote quelques semaines après mon départ de Paris, et en plus à Singapour, destination encore improbable pour elle comme pour moi il y a encore six mois. J’ai en plus découvert que mon retour à la vie de vagabond n’aura été que de courte durée car c’est dans un condominium de luxe, avec piscine éclairée de 40 mètres et salle de sport que j’ai passé le reste de la semaine.

Pour célébrer mon arrivée nous avons immédiatement fêté Noël en famille avec un peu de retard en buvant des bières sur sa terrasse qui donne directement sur le jacuzzi géant, puis nous sommes partis dîner dans un bouiboui local où l’on mange directement dans la rue. J’ai ainsi pris ma première petite claque culturelle en découvrant les poulets et les canards pendus par les pattes qui trônaient au milieu de l’étalage de nourriture épicée, mais également en réalisant à quel point le coût de la vie est inférieur à ce que j’ai connu jusqu’à présent. Pourtant Singapour est loin d’être le pays le plus représentatif de cette partie du monde, surtout sur le plan financier, car comme le dit si bien Mançou il s’agit de l’ « Asie du Sud-Est pour les Nuls » : un parfait moyen pour les petits européens d’avoir un aperçu assez représentatif de cette région tout en bénéficiant de l’opportunité de retrouver un grand nombre de standards occidentaux ! Je confirme toutefois qu’en ce qui concerne le fait de dîner dans la rue les conséquences sont les mêmes quel l’on soit à Singap’ ou dans un pays plus typiques tel que le Viêt-Nam ou le Cambodge, on est malade le lendemain… Testé et validé !

Ce petit dîner nous a donc permis de bien discuter, de partager nos sentiments sur nos expériences respectives et de bien rigoler tout en dégustant des plats finalement très bons, même s’ils ont au à postériori des conséquences assez désagréables. Et nous avons été interrompus par un évènement assez incroyable, la rencontre tout à fait inattendue avec une française qui s’avère être l’une des meilleures amies de mon ancien colloc’ de Reims. J’étais déjà très étonné de croiser complètement par hasard quelqu’un que je connaissais à l’autre bout du monde, dans un quartier pourtant déserté par les expat’, mais je n’étais pas au bout de mes surprises car le lendemain j’ai rencontré dans la rue un autre rémois qui est actuellement en VIE à Singapour. C’est dans des moments comme ceux-là qu’on réalise à quel point le milieu dans lequel on vit est petit. Même à des milliers de kilomètres de Paris on ne peut pas s’empêcher de se croiser dans les mêmes quartiers, les mêmes restaurants, les mêmes bars… Cela fait vraiment réfléchir sur la force et l’importance du réseau, car si l’on fréquente les mêmes endroits, en plus les plus agréables de la ville, c’est que l’on a bénéficié d’informations provenant des mêmes personnes, ou tout du moins de personnes ayant vécu la même expérience. Avant j’étais convaincu qu’il était beaucoup plus enrichissant de tout découvrir par soi-même et de n’accorder qu’une importance limitée aux conseils émanant de son réseau. Aujourd’hui j’ai vraiment conscience de tout ce qu’il peut apporter et des bénéfices que l’on peut en retirer, surtout lorsque l’on a des perspectives de carrière à l’international. Je dois même admettre que depuis que je suis parti le mérite d’une bonne partie de mes expériences les plus agréables peut être attribué à mon réseau parisianno-école de commerce. Donc, sans chercher à profiter de qui que ce soit, mais au contraire en conservant une optique d’échanges bilatéraux constructifs, je vais dès aujourd’hui consacrer encore plus d’efforts à la construction d’un network aussi utile qu’enrichissant.

C’est également en grande partie grâce à celui-ci que nous avons passé avec Mançou des soirées particulièrement sympas au cours desquelles nous avons pu rencontrer un certain nombre de Français expatriés à Singapour. En effet, Aude et Clem, avec qui j’ai passé le réveillon à Sydney, ont été adorables et nous ont présenté plusieurs de leurs amis. Pendant la journée je passais donc de longues heures à me promener dans cette ville qui, malgré ce qu’on m’en avait dit avant mon arrivée, ne manque pas d’un certain charme, tandis que les soirées étaient elles consacrées aux sorties mondaines. En d’autres termes, après avoir passé des heures à déambuler entre des buildings modernes situés du côté de Raffles Place et du City Hall, à flâner dans les nombreux malls que l’on trouve absolument partout dans cette ville et à longer la rivière sur laquelle on trouve à la fois des cafés et des restaurants typiques, je retrouvais Mançou pour picoler gaiement soit dans les food courts que l’on trouve un peu partout dans la rue, soit chez des gens que l’on nous avait présenté, soit dans des boîtes selects dans lesquelles on ne retrouve quasiment que des occidentaux. On reconnaît d’ailleurs très facilement les Français dans ce genre de petites sauteries car, jeudi soir, les seuls qui piquaient touts les ballons gonflés à l’hélium pour fabriquer une montgolfière géante, qui faisaient des galipettes au milieu du dancefloor, ou qui effectuaient la danse des canards avec une aisance déconcertante n’étaient bizarrement ni les Anglais ni les Australiens pourtant présents dans la boîte, et encore moins les Singapouriens qui nous regardaient effarés ! D’un autre côté, avec Bézu, Carlos, Annie Cordy et Patrick Sébastien dans notre patrimoine culturel national on n’y peut rien si notre conception de la fête implique un certain craquage finalement fort divertissant pour le public qui nous admire !

Mais ces soirées incroyables ne m’ont pas empêché de régler des problèmes un peu plus importants que ceux liés à la pure satisfaction de besoins festifs. En plus je bénéficiais de longs moments durant lesquels j’étais seul lorsque Mançou travaillait, et comme Singapour est une ville qui n’offre pas un nombre illimité de possibilités de balades je disposais de suffisamment de temps pour résoudre les questions qui étaient encore en suspens. J’ai ainsi pu me rendre chez HSBC pour récupérer ma nouvelle carte, renouvelée suite au piratage de mon ordi, réserver un hôtel à Bangkok pour la semaine prochaine, et commencer à préparer mon voyage en Asie du Sud-Est qui ne va en fait véritablement démarrer que lundi. Et même lorsque j’étais avec ma petite sœur nous étions obligés de consacrer du temps à un problème de nature différente, la recherche d’une colloc’ dans laquelle elle pourra passer les 6 prochains mois. La question est en fait beaucoup plus dure à régler qu’il n’y paraît car les loyers sont très élevés et nous avons visité un grand nombre d’appartements sans rien trouver de satisfaisant, ce qui nous a tout de même permis de découvrir certains quartiers de Singap’ dans lesquels nous ne serions jamais allés autrement.

Heureusement cette activité assez peu excitante ne nous a pas occupés tout le weekend et nous avons pu passer samedi une journée incroyable à Sentosa, une île située à seulement quelques minutes du centre en métro. Il s’agit en fait d’un mix entre Disneyland, pour ses hôtesses placées tous les 100 mètres qui font coucou en arborant un sourire niais, et Ibiza, pour ses resto-boîtes sur la plage qui passent de la House à fond pendant toute la journée. Après un déjeuner très agréable au Café del Mar, retour aux sources oblige, nous avons couru dans l’eau et la sensation fut parfaite : la mer était tellement chaude que j’avais l’impression de rentrer mon bain. J’ai donc passé plus d’une heure à me baigner pendant que Mançou me regardait atterrée en train de faire des saltos pour rentrer dans l’eau ou de marcher sur les mains avant de me casser la gueule et de rigoler tout seul comme un gamin de 5 ans… Une plage, un maillot de bain, une eau à 30 degrés et la possibilité de faire plein de conneries, j’étais au Paradis ! En plus la journée s’est finie sur le rooftop d’un immeuble situé en plein centre, puis à Clarke Quay dans une boîte très sympa où j’ai retrouvé, encore par hasard, une amie qui avait une table dans le carré VIP. Autant dire que la nuit a été longue et la soirée excellente !

Je vais donc me reposer un peu avant de partir demain Bangkok où mon rythme risque fort de ne pas être beaucoup plus reposant… Je pense donc qu’après un bon brunch nous allons migrer rapidement avec Mançou vers la piscine dans laquelle je vais me ressourcer pendant un bon moment ! Bangkok watch out, je vais arriver plus en forme et motivé que jamais !