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Laos


Ha Noi – Vientiane : 464 km

Vientiane – Vang Vieng : 156 km
Vang Vieng – Louang Prabang : 231 km
Décalage horaire : +6
 

God bless le Laos ! Après quelques jours un peu cauchemardesques au Viet Nam je dois avouer que j’attendais beaucoup de ce nouveau pays, et le moins que l’on puisse dire c’est que je n’ai pas été déçu. Conformément à ce à quoi je m’attendais j’y ai trouvé des paysages absolument somptueux, une nature d’une richesse inouïe, une atmosphère et une ambiance incroyables, des activités sportives aussi variées que bien organisées, une nourriture excellente et des prix toujours largement inférieurs à nos standards occidentaux. Le seul petit reproche que l’on puisse faire au Laos concerne sa population car la moitié des habitants a une fâcheuse tendance à faire la gueule, et bien comme il faut en plus ! Mais comme le reste de leurs concitoyens sont franchement ouverts et rigolards cela compense largement la mauvaise humeur des plus mal-léchés d’entre eux. Et de toute façon personne n’essayait de me la faire à l’envers lorsque je souhaitais acheter quelque chose donc cela m’a immédiatement rendu l’ensemble des Laotiens très sympathiques, surtout après les nombreuses tentatives d’arnaques dont j’ai été victime au cours des semaines précédentes. Mais avant d’atteindre cet eldorado j’ai encore connu un voyage des plus mouvementés qui m’a laissé un dernier goût amer du Viet Nam.

Pour n’en donner qu’un rapide résumé il a commencé par 2h30 d’attentes avant de monter dans un bus correct dans lequel nous avons été pris en charge par des chauffeurs on ne peut plus désagréables. Puis j’ai failli en venir aux mains avec l’un d’entre eux lorsque, après plusieurs actes de racisme de sa part envers les quelques passagers occidentaux présents cette nuit là, il a tenté de s’emparer de mon sac dans lequel je conserve mon ordinateur pour le balancer dans l’allée où il avait déjà violemment entreposé un certain nombre de bagages. Ce périple s’est ensuite poursuivi par 2 heures d’attentes à la frontière laotienne avant qu’un douanier corrompu ne me soutire un pot de vin en m’expliquant que le taux de change entre les Dongs Vietnamiens et les Dollars US avait augmenté de 30% car… nous étions en période de fête ! Tant pis si Têt était 8 jours auparavant, apparemment ça ne le dérangeait absolument pas de m’enfler aussi grossièrement. Mais je ne vais pas m’étendre plus longuement sur le sujet car cela va commencer à devenir lourd ! Heureusement le reste du trajet a été plus calme et quelques minutes seulement après ce dernier désagrément j’ai débarqué dans un cadre sublime qui a immédiatement éliminé les quelques traces d’énervement qui subsistaient encore dans mon organisme.

En effet, le Lonely Planet décrit le Laos comme un pays plein de charmes constitué essentiellement de montagnes et de hauts plateaux. Mais ce qu’il ne précise pas c’est que, lorsqu’on y arrive, on se retrouve instantanément plongé dans une ambiance magique où le stress et les tensions semblent disparaître miraculeusement de la surface de la terre. La splendeur des paysages est telle que l’on éprouve irrémédiablement un sentiment de bien-être et de sérénité qui sont difficilement descriptibles. Quelques kilomètres seulement après avoir franchi la frontière j’ai donc eu la chance de découvrir un pays à la beauté vraiment étrange, à la fois très simple et très complexe. Simple car elle dépend uniquement de la nature et des œuvres qu’elle seule est capable de nous délivrer. L’une des premières choses qui frappe d’ailleurs lorsque l’on arrive au Laos c’est l’absence notable de constructions humaines. En dehors des villes principales quasiment aucune structure matérielle ne trouble la quiétude du panorama. On ne traverse ainsi qu’un faible nombre de villages, essentiellement constitués de maisons de bois, d’osier et de tôles, réparties de chaque côté de l’une des rares routes qui traversent le pays. Je ne m’attendais pas à y trouver de grandes zones surpeuplées mais il y a tout de même un juste milieu entre reconstruire Manhattan en pleine jungle et établir des hameaux tous les 20km ! Et cette beauté est en même temps très complexe car il s’agit essentiellement de paysages de jungle dont le charme réside dans la combinaison de milliards de petits détails qui, savamment ajustés, donne ce rendu incomparable sur le plan esthétique. J’ai donc passé plusieurs heures le nez collé à la fenêtre, béat d’admiration devant ce spectacle grandiose, tel un enfant de 5 ans devant les vitrines des Galeries Lafayette au moment de Noël !

J’ai ainsi pu contempler ce décor de rêve mais également découvrir la simplicité dans laquelle vivent les nombreux Laotiens établis dans ces montagnes. Mis à part les quelques commerçants qui permettent d’assurer la survie des villages il semble que la majorité des habitants tirent leurs revenues d’activités agricoles. On croise donc sur les routes un nombre incalculable de poulets, de canards, de cochons tout moches qui ressemblent à des sangliers obèses et de vaches qui se promènent en liberté. La conduite est d’ailleurs rendue très difficile par ces ruminants qui n’hésitent pas à traverser à tout moment et qui, cons comme des balais, ne réagissent absolument pas aux violents coups de klaxons donnés de manière énergique par les chauffeurs de bus heureusement habitués à ces aléas de voyage. Et le plus impressionnant c’est que l’on croise ces animaux non seulement aux portes des hameaux, mais également à plusieurs kilomètres de zones habitées, donc in the middle of nowhere, et même aux portes de la capitale.

J’ai d’ailleurs eu l’occasion de le constater très rapidement car Vientiane était la première étape de mon périple laotien. Après une nouvelle nuit particulièrement inconfortable dans le bus je suis donc arrivé dans cette ville très agréable dont le calme et la propreté contrastaient totalement avec la frénésie de Ha Noi. Il s’agit en fait d’une bourgade coloniale dont l’architecture témoigne parfaitement, comme au Cambodge et au Viet Nam, de l’occupation française dans la première partie du 20ème siècle. On y trouve ainsi de nombreux restaurants français installés dans des immeubles agrémentés de balcons en fer forgé, de toits en tuile et de façades peintes avec des couleurs chaudes, et les noms des bâtiments officiels sont tous traduits dans notre chère et belle langue !

Mais avant de pouvoir partir à la découverte des charmes de cette capitale il a fallu que je trouve, comme à chaque fois, un endroit pour pouvoir passer la nuit. Nous nous sommes donc mis en quête, avec un couple suédois, une anglaise, et un américain rencontrés dans le bus, d’une guest house pas trop chère, et malheureusement cela ne courrait pas franchement les rues. Nous avons donc fini par atterrir dans un hôtel correct dans lequel, pour des raisons de budget, j’ai partagé une chambre avec la Londonienne et le représentant de Detroit. Nous avons toutefois dû faire quelques sacrifices sur le confort car notre humble demeure était en fait équipée d’un lit simple et d’un lit double, et ne me sentant pas franchement de partager ma couche avec un mastodonte anglais d’1m85 pour 90kg j’ai opté pour l’option « partage de lit avec gros barbu ricain ». Je me suis donc bien planqué pendant la nuit tout au fond de mon sac de couchage, mais apparemment il était devenu dans mes rêves une superbe playmate irrésistible car vers 3h du matin je me suis fait réveiller par une grande claque et j’ai alors constaté que j’étais en train d’essayer de l’enlacer ! Je ne sais pas si je dois me poser des questions mais je pense que l’on va plutôt mettre ça sur le compte des quelques bières que nous avions bu tous ensemble quelques heures auparavant, tout en jouant à des jeux de société !

Le lendemain j’ai ensuite décidé de mettre les voiles pour Vang Vieng, une ville située plus au Nord, car malgré ses charmes indéniables Vientiane n’offre qu’un nombre limité d’activités. J’étais donc ravi de l’avoir découverte, mais également de la quitter après avoir passé la matinée du mardi à me balader le long du Mékong. Et cette fois-ci je n’ai quasiment pas senti passer le trajet car il n’a duré que 6 heures entre le moment où le taxi est venu me récupérer pour m’accompagner à la gare autoroutière et le moment où le bus est arrivé à destination ! Ce fut en revanche la recherche d’une chambre qui fut délicate à mon arrivée. Vang Vieng est en effet une ville très touristique dans laquelle les prix sont à la hauteur de sa réputation. J’ai donc passé près d’une heure à chercher un hôtel proposant des prix abordables et j’ai fini par opter pour un établissement très bien placé qui offrait des chambres tout à fait convenables à 50.000 Kip la nuit, soit un peu moins de 5€.

Une fois mes affaires posées j’ai pu partir à la découverte de cette destination mythique dont beaucoup de personnes m’avait parlée et, pour la énième fois depuis le début de mon tour du monde, je peux dire que je n’ai pas été déçu du voyage ! Il s’agit en fait d’une ville bâtie le long d’une rivière et coincée entre plusieurs montagnes mais, malgré sa localisation parfaite, surtout réputée pour ses soirées phénoménales. On y trouve ainsi un grand nombre d’occidentaux qui, avant de partir faire la fête, commencent gentiment à picoler dans des bars dont la caractéristique est de diffuser en boucle des épisodes de Friends ou de Family Man que l’on regarde tout en étant allongé sur des paillasses qui font office de sièges. Ambiance orgie romaine moderne assurée ! Puis la soirée se poursuit dans l’un des 5 ou 6 bars auxquels on accède par un pont branlant qui enjambe le cours d’eau, et dans lesquels on joue aux cartes au coin du feu tout en savourant des cocktails servis dans des seaux de plage, et ce gratuitement jusqu’à une certaine heure. Puis vers 11h30-minuit les structures en bois se transforment en dance floors géants au milieu desquels des flics en civil arrêtent sans ménagement les teuffeurs suffisamment défoncés pour tenter de leur acheter de la drogue. Je suis donc resté le premier soir jusqu’à 3h du mat’ dans cette ambiance irréelle, à discuter avec un grand nombre de personnes, dont certaines n’étaient pas capables d’aligner plus de 3 mots cohérents ! Puis je suis parti me coucher pour être en forme le lendemain, car mon objectif n’était pas non plus de légumer pendant 3 jours en attendant la prochaine fiesta.

J’ai donc décidé mercredi après-midi, histoire d’être parfaitement remis de ma soirée de la veille, de louer une moto pour aller me balader tout seul au milieu des montagnes. Cette idée est d'ailleurs certainement la meilleure de toutes celles que j’ai eues depuis mon départ début décembre. J’ai ainsi passé 3 heures à rouler au hasard, en faisant particulièrement attention aux vaches qui déboitent sans mettre leur clignotant, sur des routes bordées de rizières et de falaises escarpées. Je crois que c'est ce qu'on appelle tout simplement le Bonheur... Et ces paysages de rêve sont en plus absolument idéaux pour méditer et se recentrer sur soi-même. Ce break paradisiaque sur fond de carte postale m’a donc permis de faire un nouveau point sur l’avancée de mes réflexions depuis maintenant bientôt 3 mois et j’ai été ravi de constater que je trouve de plus en plus de réponses aux questions que je me pose. Je ne sais bien évidemment toujours pas comment les choses se dérouleront à mon retour en France fin août, mais ce que je sais c’est que les rares certitudes que j’avais avant de partir me semblent aujourd'hui être encore plus évidentes que jamais… La solitude, les road-trips sur de splendides motos laotiennes et les voyages ont donc un effet extrêmement positif à la fois sur le corps et sur l’esprit. Et oui, sur le corps aussi car j’ai choisi le lendemain de profiter de ce cadre incroyable pour me livrer à des activités sportives. J’ai ainsi opté pour une journée de tubing et de kayaking dans la nature laotienne et je suis parti jeudi matin avec un groupe de 5 personnes et un guide local qui nous a fait passer un excellent moment.

Cette expédition a donc commencé par la visite d’une grotte naturelle qui est aujourd’hui utilisée comme temple bouddhiste par les habitants de Vang Vieng. Puis nous avons poursuivi l’aventure par une heure de tubing dans une seconde grotte, celle-ci inondée. Le concept est original car il s’agit en fait d’utiliser une chambre à air de pneu de camion ou de tracteur comme embarcation et de « naviguer » dans la pénombre sur plusieurs centaines de mètres avec une simple lampe frontale comme seul équipement de survie. L’expérience fut délicate pour le claustrophobe que je suis mais l’atmosphère y était si particulière que je suis ravi de l’avoir vécue. Nous avons ensuite déjeuné dans une hutte en bois typique avant d’attaquer la partie kayak de cette journée. Celle-ci a donc démarré par 6km de pagaie sur une rivière relativement calme, puis nous avons fait un nouveau break d’une heure dans un cadre qui était lui aussi irréel et dont seul le Laos doit avoir le secret. Il s’agit en fait d’un espace où sont concentrés une dizaine de bars qui donnent directement sur l’eau et dont l’ambiance générée par la musique diffusée à fond ressemble à s’y méprendre à celle des boîtes de nuit. Mais la véritable originalité de ce lieu réside dans les activités extrêmes qui y sont proposées. On y trouve en effet de nombreuses structures en bois instables, hautes d’une dizaine de mètres, et dont l’on se jette en s’agrippant à un trapèze pour se retrouver balancé dans les airs en mode Tarzan avant de le lâcher pour atterrir plus ou moins lourdement au milieu des baigneurs ! Pendant l’heure passée dans cet écrin de grand n’importe quoi j’ai donc essayé une bonne quinzaine de fois cet ingénieux système de balancier, me retrouvant propulsé à plusieurs reprises à quelques mètres de haut sous les cris de la foule en délire ! Cela fait vraiment du bien de jouer sa star mais le lendemain les courbatures étaient là pour me rappeler que je ne fais bien partie que du commun des mortels ! Et cette incroyable journée c’est enfin achevée par une nouvelle partie de kayak, cette fois-ci au milieu des buffles qui prenaient leur bain au soleil couchant et des touristes qui avaient opté pour une descente de la rivière en tubing, et qui ont donc mis 3 fois plus de temps que nous pour parcourir la totalité de la distance.

Après une telle dépense d’efforts physiques je n’étais bien évidemment pas au top pour sortir le soir même et, après avoir joué aux cartes au coin du feu avec une anglaise et une hollandaise rencontrées pendant le dîner, je suis sagement parti me coucher vers 11 heures. Cela m’a ainsi permis d’être en forme le lendemain, pour une journée qui allait une nouvelle fois être placée sous le signe du voyage en bus. Car je suis en effet parti vendredi à Louang Prabang, une ville encore plus charmante que Vientiane et qui n’est située qu’à 231 km par les routes de montagnes. Cela ne m’a pourtant pas empêché de battre un nouveau record : celui de lenteur toutes catégories de transports confondues ! Nous avons en effet mis plus de 7 heures pour couvrir cette distance mais cela ne me posait en fait aucun problème que le chauffeur ne tente pas de battre son record personnel ce jour là car malgré sa vigilance il a dû piler 2 fois pour nous éviter de nous écraser en contrebas dans un ravin et nous avons également traversé une portion de forêt qui était partiellement en flammes. Donc ce jour là il a été bien inspiré d’y aller mollo sur le champignon !

Mais encore une fois nous sommes arrivés miraculeusement entiers et j’ai pu découvrir une nouvelle ville coloniale au charme hallucinant. Malheureusement les Laotiens ont bien compris le potentiel touristique de ce lieu et n’hésitent pas à appliquer des prix parfois proches des ceux pratiqués à Paris. La recherche d’une guest house abordable s’est donc transformée en véritable parcours du combattant et après une heure de lutte acharnée avec tout mon bardas j’ai fini par échouer dans une chambre sordide, avec des murs en béton peints en argentés, et gérée par une cerbère à peu près aussi aimable que sexy. Et ce que je n’ai découvert que plus tard c’est que mon loft avec vue imprenable sur le mur de la maison d’en face située à 70cm de là était en fait à proximité directe d’une boîte de nuit ET d’une basse-cour. Donc pour se reposer il ne fallait surtout pas louper le créneau de calme qui démarrait à 3h du mat’ pour finir à 4h30 pétantes !

Ce n’est toutefois pas ce genre de désagrément qui pouvait m’abattre et j’ai décidé samedi de profiter une nouvelle fois des trésors naturels inestimables que recèle ce pays finalement assez méconnu. Je suis donc parti passer l’après-midi au milieu des cascades qui se trouvent à 25km de la ville. Et cette idée s’est elle aussi avérée être payante car après être passé dans une réserve où sont soignés des ours désormais maintenus en captivité et après avoir effectué un trek d’une petite heure au milieu de la jungle j’ai pu profiter d’une eau turquoise, de rochers de 3 ou 4 mètres de haut et d’une corde accrochée au sommet d’un arbre, telle une liane dans la forêt, pour remettre mon slip de Tarzan (c’est en fait un maillot de bain Ralph Lauren mais la peau de bête me semblait plus adaptée dans ce contexte) et jouer comme un gamin pendant une bonne demi-heure dans une piscine 100% naturelle ! Pour un sportif amoureux de la nature le Laos est décidément un véritable paradis sur terre.

Avec une telle dépense d’énergie et des activités aussi diverses qu’exaltantes tout au long de cette semaine mes mauvais souvenirs vietnamiens sont désormais déjà bien loin et j’ai pleinement retrouvé le goût à la fois du voyage et de l’aventure. Pour tous ceux qui auraient décidé de parier sur une fin anticipée de mon voyage j’ai donc une mauvaise nouvelle : vous allez perdre du fric les amis !