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Inde


Udaipur – Jodhpur 
Jodhpur – Jaisalmer A/R
Jodhpur – Bombay
Décalage horaire : +4,5


Quel bonheur de pouvoir enfiler successivement, et pendant toute une semaine, des costumes aussi différents que ceux de maharadjah, de prince du désert, de touriste occidental, de routard à moto ou encore de jeune cadre dynamique avec chauffeur ! Car cette semaine a encore été marquée par des expériences et des visites absolument magiques dans une région du monde qui l’est tout autant. Malgré la chaleur extrême, les différences culturelles qui peuvent parfois rendre difficile l’adaptation du touriste dans ce pays, et l’omniprésence des Indiens qui ne lui laisse pas un seul instant de répit, il est impossible de ne pas être fasciné par tout ce que l’on découvre au Rajasthan, ainsi que par la splendeur à la fois des paysages et des ouvrages qui ont été bâtis au fil des siècles dans cette région proche du Pakistan.

En plus il faut admettre que nous étions dans les meilleures dispositions possibles pour attaquer la deuxième partie de ce périple après une journée « off » dimanche dernier qui a été parfaite. Mélanie et Charlotte, les deux françaises avec lesquelles nous avions dîné la veille, venaient en effet de changer d’hôtel et avaient choisi de troquer la guest house moyenne dans laquelle nous logions tous pour un hôtel de charme avec piscine en roof top et vue plongeante sur le lac principal de la ville. C’est donc dans ce cadre idyllique que nous avons été conviés à venir nous dorer la pilule au soleil pendant tout l’après-midi, bien loin des déchets qui s’amoncelaient dans les rues d’Udaipur, des vaches qui faisaient tranquillement la sieste au milieu de ruelles étroites et des cul-de-jatte qui se déplaçaient sur des planches en bois équipée de roulements à billes rouillés ! Difficile donc de réaliser que l’on est toujours en Inde lorsque l’on se retire dans un décor aussi luxueux, mais pour être parfaitement honnête cette petite interruption dans notre découverte de la misère indienne nous a fait beaucoup de bien. Cela nous a surtout permis de vraiment recharger les batteries et de repartir avec un état d’esprit très positif sur les routes excessivement dangereuses de ce pays si particulier.

Après un rapide dîner dimanche soir dans un resto situé sur les bords du lac asséché, qui ne se re-remplira qu’au moment de la mousson, nous sommes donc sagement partis nous coucher afin d’être en forme le lendemain et de pouvoir pleinement profiter d’Udaipur avant notre départ en début d’après-midi. Cette matinée du lundi a du coup été bien remplie car après avoir visité le Rose Garden, un jardin dit botanique qui présente la caractéristique géniale de ne compter aucune rose parmi les rares fleurs qu’il propose à ses visiteurs, nous avons joué au foot avec des enfants d’une dizaine d’années qui semblaient ravis de passer ce moment avec de « grands » occidentaux ! C’est d’ailleurs impressionnant de voir à quel point, quelque soit la culture, la langue ou l’origine, le sport est un facteur de rencontres et d’échanges efficace. Je m’étais déjà fait la réflexion lorsque j’ai passé mes deux semaines dans la jungle, mais cette nouvelle expérience n’a fait que confirmer ce que j’avais préalablement constaté. C’est simple, pour s’intégrer facilement dans un pays il faut faire du sport avec les enfants et parler de cul avec leurs parents, ce sont les deux seuls sujets vraiment universels qui permettent de briser la glace et de passer des heures avec des inconnus sans jamais s’ennuyer ! Puis nous avons achevé cette demi-journée par, voyage au Rajasthan oblige, la visite du City Palace. On pourrait penser qu’après 4 ou 5 palais explorés en compagnie de touristes américains à chemises hawaïennes on commence à se lasser de ces vestiges de l’histoire, mais ce n’est absolument pas le cas car chacun d’entre eux possède ses caractéristiques propres qui le rendent absolument unique. Celui-ci avait par exemple la particularité d’être constitué d’une multitude de petites pièces qui donnaient le sentiment de se trouver dans une résidence secondaire de luxe plus que dans un véritable palace. En gros j’imaginais comment refaire la déco si j’étais chez moi et à quelle fréquence j’organiserais des fêtes orgiaques au bord de la piscine que je ne manquerais pas de faire construire au milieu du patio le plus imposant ! Mais ce moment de délire n’a pas duré si longtemps que ça car une longue route nous attendait avant de rejoindre Jodhpur, étape intermédiaire dans notre trajet jusqu’à Jaisalmer.

Et là une nouvelle découverte nous attendait : le drame des conditions de sécurité autoroutières ! Heureusement nous sommes arrivés à bon port sans avoir été victime de l’accident qui paraissait pourtant inévitable, mais il faut admettre que nous n’avons vraiment pas fait les malins pendant les 5 heures d’angoisse passées sur cet axe de la mort qui est plus communément appelé route indienne. En effet nous avons eu l’honneur de faire connaissance avec les routiers et les chauffeurs de bus locaux qui roulent comme des tarés en doublant dès qu’ils en ressentent l’envie pressante, même si une voiture arrive en face, et qui semblent être dénués de toute capacité d’anticipation. Je ne fus donc pas surpris de voir ce jour là 4 camions éclatés en travers de la route, des carcasses d’animaux écrasés un peu partout sur le bas côté et un Sam blanc comme un linge totalement crispé à côté de moi ! Je n’étais pas franchement beaucoup plus fier mais j’avais au moins eu la chance de subir au Viet Nam un entraînement intensif dans ce domaine, ce qui m’a permis de rester à peu près serein dans cette épreuve où nous avons cru un bon millier de fois que nous allions y passer. Mais tout ne fut pas totalement négatif lors de ces quelques heures car, entre deux coups de stress, nous avons pu admirer un paysage désertique somptueux que je ne m’attendais pas du tout à trouver au pays du naan et des vaches sacrées. Après avoir emprunté de petites routes sinueuses qui traversaient des montagnes pelées nous sommes en effet arrivés dans des plaines arides constituées de sable et de roches qui s’étendaient à perte de vue. Moi qui imaginais que le nord de l’Inde était une région luxuriante où la verdure reprenait ses droits dans cet espace immense j’ai été très agréablement surpris de pouvoir admirer ces paysages lunaires que j’adore. C’est donc ravi de cet après-midi de sensations fortes dans un cadre magnifiquement dépouillé que je suis arrivé à Jodhpur, ville où nous avons seulement passé la nuit dans un hôtel assez sale pour couper ce trajet qui serait certainement devenu vraiment dangereux s’il avait été prolongé.

Cette idée s’est d’ailleurs avérée être excellente car lorsque nous avons repris notre route mardi au petit matin nous n’avons connu qu’un trafic limité et nous n’avons cru qu’une petite centaine de fois que nous allions finir notre course encastré dans un 36-tonnes chargé raz-la-gueule ! Cela nous a permis de profiter pleinement du panorama de moins en moins rocailleux, et de plus en plus constitué de dunes de sable, semblables à celles que l’on imagine lorsque l’on évoque le désert. Le cadre était si merveilleux que nous avons même décidé de faire une halte pour prendre les photos qui nous permettront plus tard de légitimer notre nouveau statut de Princes du Désert ! La chaleur était toutefois écrasante et, désireux d’arriver rapidement à destination, nous n’avons pas prolongé notre séance de bronzette au milieu des dromadaires, qui vivent nombreux en liberté dans cet environnement peu accueillant.

C’est donc en fin de matinée que nous avons débarqué à Jaisalmer, une ville de 60.000 habitants perdue dans le fin fond de l’Inde, à seulement quelques dizaines de kilomètres de la frontière avec le Pakistan. Entre les vaches qui envahissaient le cœur de la vieille-ville, le soleil qui tapait avec acharnement et les odeurs de bouse qui flottaient un peu partout dans l’enceinte des remparts j’ai pleinement pris conscience ce jour là que je me trouvais, culturellement parlant, vraiment à l’autre bout du monde. Ce décor de carte postale, agrémenté d’un petit plus olfactif, était propice à l’organisation d’une activité dépaysante et c’est pourquoi, après le succès de mon expérience au Laos, nous avons décidé avec Sam de louer des motos pour l’après-midi afin de se balader en toute liberté dans le désert avoisinant. Nous nous sommes donc rapidement mis en quête d’un loueur de deux-roues, qui ne fut pas trop dur à trouver, et nous avons pu y trouver les montures de nos rêves : un scoot’ automatique pour Sam qui n’avait jamais eu l’occasion de conduire un tel engin, et une sublime moto à vitesse avec fils électriques apparents, indicateur du niveau de carburant cassé de fonction, démarreur HS de rigueur et rayures ornementales soigneusement travaillées au caillou et à la roche pour moi ! On ne peut pas dire que l’on avait une classe incroyable sur ces vestiges de l’histoire routière locale mais ils ont au moins eu le mérite de nous amener en quelques minutes aux portes de la ville, puis de nous promener paisiblement sur une route en bon état qui traversait de vastes étendues dépouillées au milieu desquelles nous avons eu, l’espace de quelques heures, le sentiment d’être des baroudeurs seuls au monde perdus dans l’immensité du désert indien. Cette idée s’est donc elle aussi avérée être excellente et l’ensemble de la journée le fut tout autant, mais cela ne m’a pas empêché de l’achever par une insomnie sévère à cause de laquelle je n’ai pas dormi une seule minute au cours de la nuit du mardi au mercredi. Autant dire que j’étais frais pour attaquer les visites du lendemain !

Cela ne m’a bien évidemment pas empêché pour autant de me rendre aux aurores avec Sam dans le fort de la ville (promis, maintenant que je suis parti du Rajasthan je vais arrêter de vous saouler avec les forteresses médiévales et leurs points de vue splendides !), et d’y découvrir un musée bas de gamme mal mis en valeur par son conservateur. Mais j’ai quand même fini par trouver mon bonheur derrière les remparts de Jaisalmer car après ce semi-échec culturel nous sommes allés nous perdre dans les vieilles rues du fort dans lequel habitent encore plusieurs centaines de personnes. Nous avons en plus eu l’honneur d’être les témoins d’une engueulade mémorable entre voisins, ce qui est très rare chez les Indiens qui ont une fâcheuse tendance à être vraiment mous du genou, donc je suis reparti de ce lieu historique à la fois satisfait et avec le sentiment d’avoir assisté à un spectacle unique dans ce pays où les habitants semblent se caractériser par leurs excès de calme et de soumission !

Puis ce fut le retour à Jodhpur. Cette fois-ci le trajet fut agrémenté d’une rencontre avec des antilopes sauvages, compagnons de voyage plus agréables à côtoyer et à observer dans leur habitat naturel que les routiers suicidaires que nous avions croisé par centaines à l’aller ! Mais rapidement la beauté de la nature a laissé place à la saleté des villes et ce n’est que 5 heures après avoir quitté Jaisalmer que nous avons à nouveau retrouvé la civilisation. Nous nous sommes donc rapidement mis en quête d’un hôtel et, impatients de nous remettre de ces derniers jours aussi fatigants que passionnants, nous avons opté pour une guest house située en plein cœur de la vieille ville, avec piscine semi-couverte et restaurant en roof top. Et pourtant ce n’était rien en termes de confort à côté de celle dans laquelle nous allions passé nos deux dernières nuits. Sam avait effectivement réussi à dégoter une adresse exceptionnelle et pas très chère, dans un cadre romantique à souhait où les couples bien pensant nous regardaient d’un air inquisiteur en se demandant ce que deux jeunes éphèbes pouvaient bien venir faire dans ce paradis pour hétéros ! Mais tant pis pour notre réputation qui a du en prendre un coup, les baignades au milieu des palmiers et les dîners sur la terrasse qui donnait sur un petit jardin botanique valaient largement le coup de passer l’espace de quelques heures pour les piliers de la gay pride de Mykonos !

Avant de profiter pleinement des charmes de cet oasis de luxe perdu dans la saleté de Jodhpur nous avons tout de même consacré la journée du jeudi à la découverte culturelle de cette ville. En plus il s’agissait de la dernière journée au cours de laquelle nous bénéficions des services de GJ, notre chauffeur au caractère aussi changeant que celui d’une adolescente de 15 ans, donc nous souhaitions profiter au maximum de notre chère Ambassador, voiture qui nous aura été incroyablement utile lors de ces 10 derniers jours. Nous nous sommes ainsi rapidement mis en route vers le fort, d’où nous avons bénéficié d’une vue irréelle sur la ville bleue dont la moitié des maisons sont peintes dans cette couleur, puis nous nous sommes rendus dans une tombe en marbre d’une beauté époustouflante, située à seulement quelques centaines de mètres de là. Le début de l’après-midi fut lui consacré à une balade dans le marché central, donc je pense que ce jour là on aurait difficilement pu prendre plus à cœur notre rôle de touriste occidental ! Mais pour nous remettre de ces émotions nous avons dans la foulée réendossé notre costume de jeunes cadres dynamiques à la recherche d’hôtels 5* d’où nous faire virer à grands coups de pied dans le cul, mais cette fois-ci nous avons été très déçus : mis à part un échec cuisant dans un ancien palais de maharadjah où le garde n’a pas été sensible à notre charme, on nous a ensuite déroulé le tapis rouge dans les deux autres palaces dans lesquels nous sommes passés. Cela aura tout de même eu le mérite de nous permettre de prendre tranquillement un verre avant de retourner dans notre propre hôtel, qui n’avait soit dit en passant pas grand-chose à envier aux palais que nous venions de visiter.

Heureusement d’ailleurs que nos conditions de confort étaient excellentes car vendredi matin c’est cette fois-ci Sam qui s’est réveillé malade comme un chien, très certainement à cause d’une saloperie attrapée dans l’un des restos moyens dans lesquels nous avions déjeuné au cours de la semaine. Il nous a tout de même fallu quitter pour quelques heures notre nid douillet et nous replonger dans la frénésie de la ville car mon barbu de service avait oublié ses lunettes dans l’hôtel dans lequel nous étions descendus la veille. Cette petite escapade forcée a toutefois eu le mérite de nous sortir de la torpeur dans laquelle nous ne demandions qu’à nous enfoncer, et de nous faire profiter un peu de notre dernière vraie journée ensemble avant de repartir chacun de notre côté vers nos aventures respectives. Mais l’état physique du petit n’allant pas en s’améliorant nous avons rapidement mis le cap vers les transats de notre piscine ! Nous avons eu le plaisir d’y retrouver Mél et Charlotte qui, elles aussi de passage à Jodhpur, avaient choisi de venir passer leur première nuit dans cet hôtel que nous leur avions recommandé. Nous avons donc dîné tous ensemble, profitant une dernière fois de la quiétude de la terrasse du restaurant.

Puis le lendemain ce fut la douloureuse séparation. En effet, à midi, j’ai mis ma femme aux jambes si poilues dans un taxi pour l’aéroport où il avait un vol pour Delhi, avant d’embarquer quelques heures plus tard à bord d’un avion qui a désormais du le ramener à Doha. De mon côté je suis retourné au Taj Hari Mahal Palace, l’un des 5* dans lesquels nous étions passés, afin de profiter de ses salons en attendant mon train pour Bombay qui ne partait qu’à 19h15. Je voulais aussi, et surtout, profiter une dernière fois d’un cadre luxueux car ces deux semaines de rêve avec Sam m’ont quand même bien plombé financièrement et dès aujourd’hui je me remets donc, et avec un plaisir non dissimulé, en mode vagabond international ! Adieu les hôtels avec piscine et bonjour les plans plus ou moins pourris qui réservent toujours de nombreuses surprises. Et le premier d’entre eux est justement le train tout moisi dans lequel je suis actuellement en train de rédiger ce chapitre.

Car c’est bien à bord d’un wagon sans fenêtre, sans clim’, avec un voisin de couchette qui a picolé tout seul toute la soirée en fumant des cigarettes à l’eucalyptus avant de s’endormir en ronflant bruyamment, tandis que l’autre rotait toutes les 5 minutes en se grattant l’entre-jambes (ce n’est pas possible, il avait soit un caleçon en toile de jute soit des morpions mais il faut vraiment qu’il fasse quelque chose !), au milieu des odeurs de vomi et de nourriture typique, des vendeurs ambulants qui passaient en hurlant, des mendiants transsexuels en sari, des estropiés qui rampaient sur le sol à la propreté douteuse pour faire la manche et des regards insistants des Indiens qui ne peuvent pas s’empêcher de fixer les occidentaux avec un air bovin quand ils en croisent un que j’ai passé 18 heures de bonheur intense ! Et pourtant je suis ravi. J’ai adoré mon petit voyage en amoureux d’une douzaine de jours mais cette vie à l’arrache dans des conditions extrêmes m’avait manquée. Et ça tombe bien car cette semaine un nouveau record s’apprête à être battu : plus de 40 heures de voyage entre Bombay et Rio ! Donc pour ceux qui veulent venir me soutenir psychologiquement dans cet exploit quasi-sportif je serai à Heathrow jeudi de 6.30 a.m. à 2 p.m. Dépêchez vous de prendre vos billets, je vous attends dans l’un des Starbucks ou des Burger King de l’aéroport pour des retrouvailles gastronomiques !