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Chili


Valparaiso – Santiago : 120 km

Santiago – San Pedro de Atacama : 1667 km
San Pedro – Geyser del Tatio A/R : 180 km
Décalage horaire : -6
 

Cette semaine je voudrais que tout le monde prenne 2 minutes avant de lire la suite de ce chapitre et se pare de sa plus belle voix pour me souhaiter en chanson un excellent demi-anniversaire. Car oui cela fait maintenant 6 mois depuis mercredi que je suis parti et je pense qu’un petit hommage serait parfaitement bienvenu… en tout cas moi ça me ferait vraiment plaisir ! Et rassurez vous, vous ne seriez en rien ridicule car le Chili tout entier a débuté les festivités en m’offrant depuis maintenant une dizaine de jours la chance de vivre des aventures aussi variées qu’exceptionnelles, à chaque fois dans des cadres d’une beauté époustouflante. J’y reviendrai bien évidemment un peu plus loin dans ce récit de mes pérégrinations hebdomadaires mais préparez vous en effet dès maintenant à me haïr, pour ceux qui ont résisté jusque là, en lisant le compte-rendu de mes plongeons dans des lacs de montagne encore plus salés que la mer morte, de mes baignades en plein air et à 4230 mètres d’altitude dans des eaux à 35° alors qu’il fait -2 à l’extérieur, ou encore de mes sessions de surf des dunes dans des canyons qui figurent parmi les spectaculaires du monde. Mais avant ça je vais vous laisser le temps de me rechanter une dernière fois ma chanson préférée, j’ai adoré lorsque vous l’avez fait la première fois, et je vais me laisser un répit de quelques minutes avant de basculer dans votre cœur dans la catégorie des « salauds à qui je ne veux plus adresser le moindre mot au cours des 10 prochaines années » !

Mais ce passage du côté obscur de vos sentiments risque en fait fort de s’opérer plus tôt que prévu car le début de ma semaine a été lui aussi particulièrement agréable et dépaysant. C’est en effet dans une maison de Valparaiso, à l’ambiance très proche de celle d’un squat bon enfant, que j’ai débarqué samedi avec Const’, mon hôtesse de Santiago qui s’est montrée d’une gentillesse et d’une disponibilité exceptionnelles pendant toute la durée de mon séjour chez, ou avec, elle. Et c’est donc chez ses amis qu’elle m’a emmené pour le weekend, me permettant de découvrir un monde bien différent de celui dans lequel j’ai l’habitude d’évoluer : celui des étudiants roots-artistes-ouvrant leur maison à tous les voyageurs de passage à la recherche d’un foyer chaleureux. Je ne fus ainsi pas surpris d’apprendre que cette joyeuse colocation était connue et réputée auprès de tous sous le nom de « Grande Familia », nom que je n’aurai à mon avis pas besoin de traduire ! Et c’est donc dans cette bicoque accrochée à une colline, et surplombant à la fois la ville et la baie, que j’ai eu l’honneur de rencontrer deux passionnés de danse contemporaine, deux trapézistes, un joueur de didgeridoo, cet instrument aborigène étrange que j’avais découvert en Australie, une jongleuse, ou encore une organisatrice de festival de spectacles de rue. Autant dire que l’air ambiant fleurait bon l’herbe de Provence, mais l’atmosphère qui régnait là-bas était tellement sympathique que ce petit fumet ajoutait en fait agréablement une touche d’exotisme à ce paradis de la convivialité.

Puis, après avoir fait la connaissance de chacun d’entre eux autour d’un excellent dîner préparé par leurs soins, nous sommes partis tous ensemble à une soirée, ou plutôt à 3 soirées différentes qui se tenaient à chaque fois dans des collocs d’au moins 5 personnes, ce qui nous a occupé toute la nuit. Mais cela m’a surtout permis d’effectuer un tour de Valparaiso by night et de vérifier un mythe dont j’avais entendu parler à plusieurs reprises avant de m’y rendre : la ville est bel et bien tenue par les chiens errants ! C’est en effet hallucinant de constater que des dizaines de bandes canines semblent faire la loi dans cette cité côtière, terrorisant certains de ses habitants en se jetant sur eux en aboyant tous crocs sortis, et parfois même en allant jusqu’à les mordre. Mais le plus surprenant reste leur mode de vie proche de celui des clochards humains bien élevés. Car oui, ce sont les seuls chiens au monde qui dorment sur des cartons et qui ne traversent aux passages piétons qu’une fois que le petit bonhomme est passé au vert, je l’ai vu de mes propres yeux !

Cette balade nocturne m’a donc donné un aperçu étrange d’une des caractéristiques les plus étonnantes de cette ville mais ce n’est que le lendemain que j’ai vraiment eu l’opportunité de la découvrir véritablement. En plus j’ai eu beaucoup de chance car une Colombienne, membre de la Grande Familia, a décidé ce jour là de jouer les guides touristiques et m’a très gentiment emmené faire un tour des spots immanquables de cette ville qui, comme Ushuaia, faisait pour moi partie des destinations mythiques dans lesquelles je souhaitais depuis toujours pouvoir me rendre au moins une fois dans ma vie. J’y ai ainsi découvert une ambiance très particulière, rendue spéciale par les 2 caractéristiques les plus spécifiques de cette capitale culturelle du Chili : ses maisons colorées construites de manière complètement anarchique sur le flanc des collines qui encerclent la baie, et les graffitis pour la plupart très réussis qui recouvrent la quasi-totalité des murs préalablement nus des habitations. Ce mélange de couleurs et d’art urbain crée une atmosphère unique que je n’avais rencontré nulle part ailleurs jusqu’à aujourd’hui. Et comme en plus il faisait un temps superbe et que la vue sur le port était complètement dégagée nous bénéficions d’un panorama unique au monde qui m’a mis en joie pour le reste de la semaine !

Après cette longue promenade mon activité du dimanche soir fut elle en revanche beaucoup plus classique car, après avoir dîné avec l’ensemble des collocs, mais sans Constance qui était repartie à Santiago pour cause de dossier de fin d’études à boucler en urgence, elle a consisté à aller prendre un verre en ville avec une française rencontrée la veille au cours de l’une des 3 fameuses soirées de la veille. Mais c’est lorsque je suis rentré seul, à 3 heures du mat’, dans cette ville déjà réputée pour être la plus mal famée du pays, que la soirée a commencé à devenir plus originale car j’ai eu l’occasion de réaliser que les chiens pouvaient effectivement être vraiment agressifs et dangereux en me faisant plus ou moins attaquer par 4 ou 5 d’entre eux. Heureusement, un représentant plus amical de la race canine qui me suivait depuis un petit moment, et qui était apparemment dans son esprit devenu mon pote, m’a défendu en aboyant plus fort que tout le reste de la meute réunie. Et c’est ensuite gentiment, avec un de ses copains rencontré sur le chemin, qu’il m’a raccompagné jusqu’à la porte de chez moi, me laissant tout penaud sur le perron, honteux d’avoir été protégé par une boule de poils qui pesait 6 fois moins lourd que moi !

Puis le lendemain matin j’ai quitté la « Grande », comme elle est communément appelée, et je me suis baladé tout seul pendant de longues heures, en me perdant dans les petites rues colorées des collines et en longeant la mer grâce à une allée bordée de palmiers qui rajoutaient un charme supplémentaire à la ville. Mais cette promenade fut surtout marquée par une rencontre incroyable, celle complètement imprévue avec Alexis, Bastien, Alexandre et Adrien, les 4 français de l’ESC Lille rencontrés à Ushuaia puis retrouvés à El Calafate et Mendoza, et de Damien, un de leurs amis qui voyage désormais avec eux. Et comme en discutant nous avons réalisé que nous avions à peu près le même programme en tête pour les jours à venir nous avons convenu du fait de nous retrouver 3 jours plus tard à San Pedro de Atacama, dans le nord du pays, puis de partir tous ensemble dans le Salar d’Uyuni, un désert de sel en Bolivie qui se visite grâce à un tour organisé de 3 jours. Cela m’arrangeait d’ailleurs bien car, c’est bien connu, plus on est de fous en vacances moins c’est cher !

Cette journée du lundi s’est ensuite achevée par un retour à Santiago où j’ai été toujours aussi bien accueilli par Constance, aussi adorable et souriante qu’à son habitude. Elle m’a donc conseillé sur les visites à faire le lendemain et c’est mardi en fin de matinée que je suis parti pour une longue marche qui m’a emmené entre autres dans la gare centrale construite par Gustave Eiffel, dans le marché principal où les effluves de poisson se mariaient parfaitement avec l’architecture hors norme de l’endroit, devant l’académie des Beaux-Arts dont la façade a été partiellement détruite lors du tremblement de terre monstrueux qui a secoué le Chili il y a quelques mois et qui a détruit des villes entières, laissant des dizaines de milliers de familles dans le deuil et le besoin, puis sur le Cerro Santa Lucia, une colline très mignonne depuis laquelle on a une vue superbe sur les sommets enneigés des montagnes qui encerclent la capitale économique et politique du pays. Malgré le nombre assez impressionnant de monuments que j’ai pu admirer je ne suis en fait pas rentré très tard et, je vais être complètement honnête, pour le reste de la journée et celle du mercredi, circulez il n’y a rien à voir, je n´ai absolument rien foutu ! J’avais en effet un besoin quasi-vital de recharger les batteries, que ce soit celles de mon corps ou celles de tout mon équipement informatique, et c’est donc ce que j’ai pu faire dans un cadre qui s’y prêtait parfaitement grâce au confort de l’endroit et à la gentillesse de mes hôtes.

C’est ainsi frais et dispo que je suis parti mercredi soir, un peu dégoûté de me séparer à nouveau de personnes aussi sympas, mais tout de même surmotivé par l’idée de vivre de nouvelles aventures passionnantes. Et entre le nord du Chili, la Bolivie, le Pérou, l’Equateur ou encore la Colombie le programme des semaines à venir devrait être chargé !

En effet il ne m’a pas fallu attendre bien longtemps avant de me retrouver plongé en pleine séquence émotion de ce qui aurait pu être un Reality Show extrême car le trajet en bus jusqu’à San Pedro fut particulièrement épique. Pour faire rapide il a duré près de 24 heures, les sièges étaient pourris, ce qui m’a valu un mal de dos atroce pendant les 2 jours qui ont suivi, j’étais placé à l’arrière du bus à côté des toilettes, donc moins d’une heure après le départ une odeur ignoble de pisse embaumait l’habitacle me donnant l’impression de voyager pendant plus d’une vingtaine d’heures coincé dans des  chiottes d’autoroute, et, évidemment, j’ai eu droit à un obèse à moustache qui a ronflé pendant toute la nuit avec, en prime, le petit filet de bave qui dégoulinait au coin de ses grosses lèvres. Voulant immortaliser ce moment j’ai essayé de le prendre en photo mais son subconscient a du le prévenir de mes projets et cela l’a étrangement calmé illico. Donc petit conseil : si un gros ronfle à côté de vous, et que ça vous énerve au point de vouloir lui enfoncer la tête dans une cavité tabou de son anatomie, zoomez le avec votre appareil photo, ça le calmera pendant quelques minutes !

Mais il faut croire que le sort s’acharnait contre moi ce jour là, car à mon arrivée à l’auberge dans laquelle je m’étais rendu pour tenter de retrouver les autres, le gérant aimable comme une femelle pitbull ayant ses règles m’a annoncé que son établissement affichait complet, ce qui m’a obligé à trouver une autre adresse dans laquelle j’ai eu la chance de tomber, dans mon dortoir, sur… une british qui a ronflé pendant toute la nuit comme un sonneur alcoolique ! Heureusement qu’avant ce énième petit désagrément de la journée j’avais pu retrouver tout le monde pour une soirée très sympa. En plus des 5 énergumènes que je connaissais déjà j’ai ce soir là rencontré Paul et Manu, un couple de français qui effectuent leur stage à Santiago et qui étaient venus rejoindre la troupe pour quelques jours de vacances, ainsi que Kate, une enseignante british qui, pour dire les choses poliment et simplement, avait noué des liens d’une profondeur rare avec l’un des backpackers lillois !

C’est donc vendredi après-midi, après cette petite série d’évènements guère réjouissants, et une nuit fortement écourtée à la fois par les ronflements de la sujette de sa majesté et par mes maux de dos atroces, que la fête a vraiment commencé pour ne plus s’arrêter jusqu’à aujourd’hui. Tout a donc commencé lorsque je me suis greffé au groupe de 8 et que nous sommes partis tous ensemble nous baigner dans des lacs de montagne composés à 85% de sel, San Pedro se trouvant en plein cœur du désert d’Atacama composé en grande partie de ce produit qui à une certaine époque était utilisé comme monnaie d’échange. Mais il faut également savoir que ce village de 1918 habitants digne du far-west, avec sa rue principale en terre et ses maisons en torchis, se situe à plus de 2200 mètres d’altitude et que l’on commence à y sentir les premiers effets caractéristiques de la montagne sur le corps humain. Et il faut surtout réaliser que nous sommes en ce moment quasiment en hiver au Chili et que le mercure ne monte donc jamais très haut. Mais la perspective de flotter encore plus aisément que si nous nous trouvions dans la mer morte nous a tous motivé, et nous nous sommes jetés sans hésiter dans une eau frisquette dans laquelle nous nous prenions pour des bouchons de liège ! Nous ne sommes malgré tout pas restés très longtemps car, en plus du froid, la concentration en sel y est telle que l’on est très rapidement brûlé et que la sensation au niveau des zones légèrement sèches ou irritées est parfaitement désagréable. Cela tombait d´ailleurs très bien que nous ne nous attardions pas trop longtemps sur les rives de ce lac magique car cela nous a permis d’arriver à temps sur les bords d’un autre lagon depuis lequel nous avons pu admirer l’un des plus beaux couchers de soleil du monde. En effet la luminosité était complètement incroyable, changeant toutes les minutes et permettant de découvrir des combinaisons de couleurs irréelles, d’une splendeur difficilement imaginable.

Cet après-midi aussi agréable qu’improbable m’avait tout de même pompé une bonne partie du peu d’énergie qui me restait après mon voyage et ma nuit de la veille, mais cela n’était de toute façon pas trop grave car je devais me coucher excessivement tôt, mon réveil samedi matin étant prévu à 3h40 du mat’. Je devais en effet me lever aussi tôt car nous avions prévu avec la troupe de joyeux lurons de partir à 90km de San Pedro pour observer des geysers qui, étrangement, ne sont en activité qu’avant le lever du soleil. C’est donc ce que nous avons fait, le cerveau malgré tout légèrement embrumé par l’absence de sommeil, mais le spectacle était tel avec les colonnes de fumées et les jets d’eau bouillante jaillissant miraculeusement du sol, que cela valait vraiment le coup. Mais le point d’orgue de cette visite fut sans hésitation la baignade que nous avons cette fois-ci effectuée en plein air à 7 heures du mat’, et à 4230 mètres d’altitude, dans des eaux thermales naturelles à 35° sachant que le thermomètre affichait une température extérieure de -2. Autant dire que la sortie de l’eau et le court laps de temps nécessaire avant de pouvoir réenfiler des vêtements chauds fut vivifiant en raison du choc thermique ! Et les découvertes étonnantes ne se sont pas arrêtées là car quelques minutes après j’ai eu l’occasion, lors de la visite d’un village traditionnel, de goûter à la viande de lama. Le fait d’en avoir pris un vivant absolument craquant en photo juste avant ne m’a pas bloqué beaucoup plus que ça car de toute façon je crevais de faim et, en plus, je suis essentiellement là pour vivre des expériences inédites ! Et il s’est avéré que cette idée était excellente car cette viande est l’une des meilleures de toutes celles que j’ai eu l’occasion de déguster jusqu’à présent.

On peut donc se dire qu’après autant d’expériences passionnantes et un réveil aussi matinal il allait être amplement temps samedi après-midi de lever le pied… Mais non, j’ai encore dans mon escarcelle de quoi vous vendre encore plus de rêve ! En effet, particulièrement en forme et motivé à mon retour de mon excursion en haute montagne, je suis parti faire du surf des sables avec un français rencontré la veille à l’hôtel. Ce sport assez physique est en fait excessivement simple : il consiste à gravir à pied une dune d’une quarantaine ou d’une cinquantaine de mètres de haut et de la descendre en snowboard. C’est tout con mais c’est crevant, surtout quand l’oxygène se raréfie en altitude ! En plus nous avons eu l’idée de génie de nous y rendre à vélo. En soi ce n’est pas exceptionnel, surtout lorsqu’il n’y a qu’une petite demi-heure de route pour y aller, mais lorsque l’on sait que les vingt dernières minutes s’effectue sur un terrain sableux et caillouteux en montée on comprend mieux pourquoi l’activité s’effectue dans un canyon baptisé avec raison « Vallée de la Mort » ! Mais la sensation de glisser sur le sable, dans un cadre lui aussi irréel composé de centaines d’immenses pics de terres et de falaises abruptes, est si sensationnelle qu’on oublie très rapidement la fatigue. En plus les risques de se blesser y sont quasiment nuls en raison de la mollesse du terrain, ce qui est parfait pour ceux qui, comme moi, n’avaient jamais fait de snow de leur vie auparavant. Et heureusement d’ailleurs que les conditions étaient aussi optimales car, lors de ma deuxième descente, j’ai planté l’avant de ma planche à pleine vitesse et j’ai donc effectué un magnifique salto avant, aussi parfaitement involontaire que bien réalisé, avec un petit rebond sur ma clavicule gauche qui aurait immédiatement lâché si le sol avait été ne serait-ce qu’un tout petit peu plus dur. Mais finalement je n’en suis sorti qu’avec la tête pleine de sable et la satisfaction d’avoir réalisé une figure artistique digne de celles des plus grands pros de la planète ! 

C’est donc par cette nouvelle expérience de rêve que j’ai achevé cette semaine parfaite de demi-anniversaire, avec un moral qui est à nouveau à son niveau le plus haut. Et il ne risque pas de redescendre de sitôt car le programme des réjouissances à court terme est plus qu’alléchant, avec entre autres les 3 jours dans le Salar d’Uyuni qui s’annoncent très très bien. Mais je vais m’arrêter là pour cette semaine car je vous sens crispés et je ne voudrais pas que vous me conchiez pas complètement… J’ai vraiment envie que vous continuiez à me lire dans les semaines à venir pour découvrir la suite de mes folles aventures à l’autre bout du monde !