Menu:

Cambodge - Vietnam



Battambang – Phnom Penh : 256 km
Phnom Penh – Saigon : 210 km
Décalage horaire : +6
 

Le repos n’est décidément pas le meilleur ami du voyageur solitaire. Mais quand en plus le corps décide de ne plus suivre l’aventure prend une tournure particulièrement sportive.

Car j’ai effectivement fait comme un couillon une violente insolation lors de mon trajet entre Siem Reap et Battambang. C’est sûr, à partir d’aujourd’hui je ne m’endors plus jamais en plein cagnard sur le toit d’un bateau lorsque la température dépasse les 35° à l’ombre ! Cela fait donc une semaine que j’ai mal à la tête, que je tousse comme un fumeur de Gitanes et que j’alterne les coups de chaud et les coups de froid en passant une bonne partie de mon temps au fond de mon lit. Malheureusement cela ne passe toujours pas, mais j’espère que dans quelques jours tout cela ne sera plus qu’un mauvais souvenir, car la perspective de passer une semaine en pension complète dans un hôpital au Vietnam, où je suis arrivé mercredi, ne m’excite pas franchement beaucoup plus que ça.

C’est donc à partir de dimanche midi que les premiers symptômes sont apparus et cela m’a naturellement empêché de découvrir sereinement la ville de Battambang. D’un autre côté cela n’a pas été trop dérangeant car elle ne présente que peu d’intérêts touristiques. Il s’agit en fait d’une ville très sale et assez peu accueillante où l’odeur à proximité des marchés principaux est pestilentielle. Mais il est intéressant de noter que l’argent y circule tout de même en masse car on peut croiser un certain nombre de voitures de luxe et le business principal est celui des téléphones portables. On a du mal à comprendre d’où vient cette richesse mais je suis persuadé qu’en creusant un peu on doit pouvoir y déceler quelques trafics à la limite du légal. J’ai donc décidé de ne pas m’éterniser dans ce coin du Cambodge et je suis reparti dès lundi matin pour Phnom Penh, la capitale économique et politique du pays.

Encore une fois je n’ai pas effectué seul ce déplacement car Jo et Mona, les deux allemandes avec qui je voyage depuis Siem Reap, ont décidé de me suivre. Je dois avouer que cela me rassurait car j’étais dans un état physique tel que je craignais de faire un malaise dans le bus. Mais j’étais également étonné de constater que leur plan de route semblait intiment lié au mien. Ce n’est que plus tard qu’elles m’ont avoué que, bien que je sois gaulé comme une gambas, elles étaient rassurées par l’idée d’être escortées au Cambodge par leur nouveau garde du corps personnel !

Après 7h de route qui se sont finalement très bien déroulées nous sommes donc arrivés à Phnom Penh où nous avons facilement trouvé un petit hôtel assez central et pas trop cher. Malgré mon envie quasi-irrépressible de me réfugier au fond de mon lit je me suis forcé à aller faire une balade le long du Mékong qui traverse la ville, et cela m’a permis de constater que le contraste entre richesse et pauvreté est incroyablement important dans ce pays sud-asiatique. A côté des conducteurs de pousse-pousse et des petits mendiants qui vendent de vieux livres ou de simples fleurs contre quelques Riels on peut voir passer de nombreuses voitures haut de gamme, principalement des Lexus, qui sont les vitrines favorites des riches Cambodgiens pour étaler leur richesse. On aperçoit également de nombreuses femmes couvertes de la tête aux pieds car le comble du chic est d’être la plus pâle possible, ceux qui sont bronzés étant les paysans qui travaillent dans les champs. Mais ce qui m’a le plus marqué c’est le nombre d’enfants obèses que j’ai croisés et que leurs parents semblent engraisser comme des oies comme pour prouver qu’ils possèdent les moyens suffisants pour vivre plus que confortablement. Les véhicules de luxe mis à part on se croirait en Angleterre ou en France au XIXème  siècle, à l’époque de la révolution industrielle. Mais cela présente malgré tout quelques avantages pour ces familles aisées car, ne l’oublions pas, les enfants gros sont plus difficiles à kidnapper !

Suite à ces considérations hautement philosophiques je suis parti me reposer un peu, mais seulement pendant quelques heures car je souhaitais vraiment profiter de Phnom Penh dont j’avais un à priori très positif. C’est la raison pour laquelle je me suis shooté de médicaments avant de partir dîner avec mes deux Allemandes dans l’un des nombreux petits restos que l’on trouve le long du fleuve. Mais avant de partir déguster notre troisième plat préparé à base de riz de la journée nous avons assisté à un spectacle incroyable que l’on ne doit certainement trouver nulle part ailleurs dans le monde : des cours de sport en plein air dans lesquels des centaines de Cambodgiens effectuent de manière très synchronisée des chorégraphies ridicules sur de la musique locale diffusée par des haut-parleurs tous plus pourris les uns que les autres ! Comme il y a en plus une dizaine de groupes distincts qui utilisent chacun des chansons différentes on se retrouve très rapidement plongé dans une espèce de capharnaüm incroyable. Nous avons ainsi passé une bonne heure au milieu de cette ambiance irréelle et, revigoré par ma prise de médicaments et motivé par ces danseurs amateurs, j’ai eu envie moi aussi de participer à la fête en me mettant à faire du sport. C’est pourquoi je me suis mis à faire des poiriers et à marcher sur les mains, ce qui a eu pour effet immédiat d’attirer les enfants du quartier. Après moins de 5mn je me suis retrouvé entouré d’une douzaine de gamins qui semblaient adorer ce petit spectacle de rue improvisé. Deux d’entre eux, absolument adorables et âgés d’à peu près 5 ans, se sont même mis à imiter les moindres de mes gestes, ce qui me donnait l’impression de passer ma soirée avec des « mini-moi » cambodgiens. Je m’amusais donc à faire des roues ou à faire des équilibres sur la tête pour les voir éclater de rire en se cassant la gueule, et j’ai d’ailleurs cru que j’allais en tuer un lorsque j’ai poussé le vice jusqu’à faire un salto avant ! Puis une bande d’ados particulièrement doués est arrivée et nous avons passé un bon quart d’heure à faire une « battle » de break dance au cours de laquelle chacun répondait à l’autre par une acrobatie de son choix. Autant dire que cela n’a en rien arrangé mon mal de tête et que c’est avec un plaisir immense que j’ai rejoint mon lit après le dîner !

Le lendemain matin j’ai tout de même fini par me séparer de mes deux infirmières allemandes qui s’étaient gentiment occupées de moi depuis l’apparition des symptômes de mon insolation. Assez peu séduites par Phnom Penh elles ont décidé de se mettre à voler de leurs propres ailes et ont migré vers les plages du sud du Cambodge. Ma période de solitude ne fut toutefois pas trop longue car j’ai eu la chance de rencontrer, dès le petit déjeuner, une Américaine magnifique qui par bonheur voyageait seule. Cette charmante trentenaire n’avait malheureusement qu’un seul défaut, mais de taille : celui de parler beaucoup trop à mon goût de son copain qui venait de repartir aux Etats-Unis et qui apparemment lui manquait déjà ! Mais préférant passer du temps en compagnie d’une fille canon qu’en tête à tête avec mon ipod j’ai fait abstraction de ce point noir et nous avons élaboré ensemble nos plans pour la journée.

La première de nos décisions fut de louer un tuk-tuk pour la journée et celui-ci nous a dans un premier temps déposés aux « Killing Fields », les champs d’extermination utilisés par les Khmers Rouges entre 75 et 78 pour se débarrasser des dissidents au pouvoir communiste. Cette visite a été un premier bouleversement pour moi car les touristes ne sont pas ménagés et l’on peut entre autres observer des centaines de crânes humains, des fragments d’os qui jonchent encore les chemins de terre qui mènent aux fosses dans lesquels s’entassaient des centaines de corps mutilés, ou encore les arbres contre lesquels les tortionnaires fracassaient la tête des bébés qu’ils souhaitaient supprimer. C’est donc naturellement assez choqués que nous sommes partis de Choeung Ek, le village dans lequel ces atrocités étaient perpétrées.

Pour nous remettre de nos émotions et passer à quelque chose de plus léger tout en restant dans une ambiance guerrière, nous avons poursuivi la journée dans un stand de tir où j’ai pu expérimenter quelque chose de tout à fait nouveau pour moi : le tir à l’AK 47, un fusil mitrailleur qui a du me faire perdre quelques dixièmes d’audition ! Nous avons ainsi shooté avec Rebekah, mon escort-girl de la journée, sur des mannequins en papier placés à une trentaine de mètres. J’ai eu la surprise de constater que j’avais atteint ma cible à la fois en pleine tête et en plein cœur donc maintenant vous êtes prévenus, celui qui s’amuse à me faire chier quand j’ai une arme entre les mains s’expose à des sanctions particulièrement sévères ! Puis, après nous être pris mutuellement en photo à bord des chars d’assaut stationnés sur le parking du stand, nous sommes repartis à Phnom Penh où nous avons subi un nouveau choc émotionnel excessivement violent.

Car c’est dans la prison S-21 où le gouvernement de Pol Pot détenait un grand nombre de ses opposants que nous nous sommes rendus. La visite de cette ancienne école transformée en centre de détention est particulièrement dure car on y trouve de nombreuses photos des tortures infligées aux intellectuels, aux politiciens, aux paysans ou même aux étrangers au cours de cette période noire de l’histoire du Cambodge. Certains clichés sont même difficilement regardables car ils montrent des hommes éventrés baignant dans leur sang ou des mères de famille photographiées avec leur bébé juste avant d’être battues à mort. Par respect pour la mémoire de ces victimes nous avons tout de même tenu à visiter l’intégralité du musée et c’est littéralement vidés que nous avons rejoint notre hôtel quasiment deux heures après être arrivés dans cet endroit effroyable.

Heureusement la suite de la journée a été plus calme pour nos nerfs. Nous avons marché un peu dans Phnom Penh avant d’aller dîner, puis nous sommes allés boire quelques bières en nous arrêtant en chemin pour prendre un dessert un peu particulier. Nous avons en effet décidé de poursuivre nos découvertes culturelles du jour en goûtant aux… criquets frits vendus par un marchand ambulant ! Je ne pourrais pas dire que je me suis délecté de ces insectes que l’on mange intégralement de la tête aux pattes en passant par les ailes, mais le goût n’est pas si horrible que ce à quoi je m’attendais. En fait ça a surtout le goût de l’huile dans laquelle ils ont été préparés ! C’est plus la texture qui est vraiment étrange. Et vers 11h je suis parti me coucher, encore bien malade, car je devais me lever à 5h30 pour prendre le bus qui allait m’amener le lendemain à Saigon, au Vietnam.

Encore une fois ce trajet de 7h s’est déroulé sans encombre, si ce n’est le passage de la frontière qui fut assez folklorique. Pour une raison que j’ignore, au lieu de nous faire passer un par un avec nos papiers ils ont décidé de collecter tous les passeports puis de nous appeler un par un par notre nom pour nous présenter devant l’officier chargé du contrôle des visas. Cela a naturellement pris 10 fois plus de temps que nécessaire et c’est surtout l’appel de chacun des ressortissants étrangers qui a pris une plombe… Je vous laisse imaginer le carnage quand ils ont essayé de prononcer « Louis-Florent Dyèvre » en vietnamien, j’ai mis 2 bonnes minutes avant de réaliser qu’il s’agissait de moi ! Et pour parfaire ce tableau un seul douanier bossait pendant que les autres s’amusaient à quelques mètres à se battre à grands coups de tartes dans la gueule. Ils avaient l’air de se faire vraiment mal mais ça les faisait beaucoup rigoler, c’est sûr que c’est plus amusant que de faire son boulot quand une centaine de touristes attend pour passer la frontière !

C’est donc mercredi vers 14h que je suis arrivé à Saigon. La première chose que je fis fut naturellement de trouver un hôtel et, constatant que les prix étaient bien plus élevés qu’au Cambodge, je me suis mis en quête du plus miteux d’entre eux. Ma recherche fut d’ailleurs payante car j’ai finalement échoué dans un hôtel de passe, ce que je n’ai malheureusement constaté que le soir en rentrant lorsque j’ai entendu des bruits suspects et que le gérant m’a discrètement demandé si je souhaitais faire du « boum-boum » ! J’ai en plus eu la joie de découvrir des traces de sang dans l’escalier et dans la salle de bain de ma chambre, mais à 7$ la nuit je ne pouvais pas franchement m’attendre à mieux.

J’ai ensuite voulu organiser la suite de mon séjour au Vietnam et là j’ai eu la mauvaise surprise de découvrir qu’à cause de Têt, le nouvel an chinois qui est la fête la plus importante de l’année et qui fut célébrée dans la nuit de samedi à dimanche, le pays est à peu près aussi paralysé que la France au mois d’Août. En plus les prix des transports et des hôtels est grosso modo multiplié par 3 pendant une semaine, ce qui ne m’arrange bien évidemment pas du tout. Cette période présente tout de même des avantages car la ville est magnifique grâce aux milliers de décorations florales qui ont été installées dans la rue pour l’occasion, mais sur un plan strictement organisationnel j’étais légèrement dans la mierda. J’ai tout de même fini par trouver un « sleeping bus » équipé de couchettes qui va m’emmener lundi à Da Nang, une cité balnéaire située à mi-chemin entre Saigon et Ha Noi. Les seuls inconvénients c’est que je vais mettre 25 heures, que cela m’a coûté 40$ et que je ne suis pas sûr de trouver un hôtel sur place… Mais comme toujours je finirai bien par trouver une solution !

Une fois ces problèmes réglés j’ai enfin pu commencer à me balader et j’ai été ravi de découvrir une ville très agréable à l’architecture résolument moderne et aux bâtiments coloniaux incroyablement bien conservés. C’est entre autres le cas de l’ancienne poste, de l’opéra ou du « People Comitee Hall » qui fait aujourd’hui office de mairie. Certains monuments, telle que la cathédrale Notre-Dame, témoignent également du lien étroit entretenu précédemment entre la France et le Vietnam. Le seul aspect vraiment négatif réside dans la circulation qui est de loin la plus calamiteuse de toutes celles que j’ai eu l’occasion d’observer jusqu’à présent. Les dizaines, voire les centaines, de milliers de deux-roues qui circulent quotidiennement en klaxonnant sans interruption rendent les promenades pédestres aussi fatigantes que dangereuses. Mais derrière cette anarchie apparente se cache néanmoins une certaine logique qu’il faut saisir avant de réaliser qu’on ne mourra finalement pas en moins de quelques heures.

Ces différentes impressions m’ont d’ailleurs été confirmées le soir même par Ivan, un autre de mes amis de Reims qui vit ici depuis un an et demi et qui m’a très gentiment emmené faire un tour de Saigon en moto. Après quelques minutes de stress intense j’ai fin par constater qu’il s’était parfaitement adapté à ce style de conduite si particulier et j’ai pu profiter pleinement de cette visite by night. Avec les éclairages et les décorations installés temporairement pour Têt le décor était vraiment superbe. En plus je bénéficiais de ses commentaires sur les caractéristiques de cette ville mythique du Vietnam et j’ai ainsi réalisé que, contrairement à ce que j’imaginais, l’argent y coule à flot en raison des opportunités de business qui y sont nombreuses. Ce que j’ai également découvert c’est que les locaux y dépensent leur fortune sans compter car ils n’ont que peu l’opportunité de voyager à cause des visas qui leur sont refusés par un nombre hallucinant de pays. Nous avons donc roulé pendant une bonne heure au milieu des Porsche, des clubs privés où les bouteilles sont vendues à 300$ pièce et des hôtels de luxe, avant d’aller dîner dans la rue dans l’un des restaurants qui sont montés chaque jour vers 6h, avant d’être démontés quelques heures plus tard. Mais, comme à Phnom Penh, on trouve également à proximité de ces signes extérieurs de richesses des témoins de la pauvreté dont est victime une bonne partie de la population. Il y a ainsi un nombre impressionnant de mendiants manchots, unijambistes, voire même défigurés par ce qui semble être des brûlures au napalm. Puis, après un dîner frugal, j’ai rejoint mon taudis pour une nuit qui fut assez courte à cause des bruits bizarres qui résonnaient un peu partout dans l’hôtel. Heureusement Ivan m’a proposé de venir m’installer chez lui jusqu’à son départ et depuis vendredi je suis dans un cadre beaucoup plus calme et agréable, dans un quartier d’expat’ composé de villas superbes dont les loyers peuvent atteindre des prix exorbitants.

Le reste de la semaine a ensuite été plus calme. J’ai en effet choisi de me reposer pour essayer de me remettre enfin de mes pépins de santé qui m’ont tout de même gâché jusqu’à présent une bonne partie de mon séjour vietnamien. J’ai donc alterné entre longues balades tranquilles dans Saigon et périodes de repos devant la télé préhistorique de ma chambre d’hôtel sur laquelle je regardais soit des films en anglais soit des matchs de foot ou de boxe dont je n’avais concrètement pas grand-chose à foutre. J’en ai également profité pour faire mes lessives et, gros beau gosse, j’ai réussi l’exploit de mettre une écharpe de très mauvaise qualité avec tout le reste dans la machine donc elle a évidemment déteint et je me retrouve pour les 6 prochains mois avec la moitié de mes affaires repeintes en bleu… Si je cherchais encore un thème pour mon voyage je viens d’en trouver un : le tour du monde d’un schtroumpf d’1m84 !