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Brésil

Rio de Janeiro – Sao Paulo : 353 km
Décalage horaire : - 5
 

Une fois n’est pas coutume, il ne s’est quasiment rien passé cette semaine. Cela n’est en rien du au fait que ma motivation en aurait pris en coup dans l’aile, mais plutôt à celui que je suis tombé vraiment malade lundi et que j’ai donc été contraint de passer 4 jours au fond de mon lit. Ce n’est bien évidemment pas comme ça que j’imaginais mon second séjour carioca mais parfois le corps dit stop lorsqu’il est soumis à trop de pression et trop d’excès, et il est bien indispensable dans ces cas là de le ménager un peu pour être en mesure de pouvoir ensuite continuer le reste de l’aventure dans les meilleures conditions possibles. En plus ce repos forcé a eu pour vertu positive de me permettre de recharger pleinement les batteries donc ce petit terrassage n’a finalement peut être été qu’un mal pour un bien.

Tout avait pourtant commencé de la meilleure des manières car dimanche dernier la journée a une nouvelle fois été consacrée à la baignade et à la bronzette sur Copacabana, ce qui n’était pas trop dur à gérer, que ce soit  physiquement ou intellectuellement ! Mais dès le lendemain les choses ont commencé à se gâter, pour devenir assez rapidement insupportables. En effet j’ai eu la chance de cumuler simultanément les symptômes suivants : mal de gorge, nez qui coule, tête dans un étau, toux violente qui me donnait le sentiment de cracher des lames de rasoir et douleurs à l’estomac. Un petit cocktail fort sympathique qui m’a littéralement mis par terre jusqu’au jeudi, m’empêchant de faire quoi que ce soit et me forçant à modifier à la dernière minutes mes plans qui étaient pourtant plus que prometteurs. Car c’est dans la famille de Fred que je devais repartir mardi, mais cette fois-ci dans leur maison de vacances à Buzios, qui est apparemment le St Trop’ local, dans laquelle il m’avait très gentiment proposé de venir passer 2 jours. Mais c’est au fond de mon lit et devant la télé à Rio que j’ai finalement été contraint de comater, me demandant pendant les premiers jours si je n’avais pas attrapé la dengue, cette maladie transmise par les moustiques. Ce n’a finalement pas été le cas mais cela ne m’a pas pour autant empêché d’être au plus mal et de m’éviter de pouvoir faire quoi que ce soit de constructif. Heureusement Alfred, toujours aussi sympa, m’a permis de rester chez lui jusqu’à ce que je sois suffisamment rétabli pour repartir sur les routes. C’est donc ce que j’ai fait, profitant de ce repos forcé pour rattraper mon retard dans tout ce qui était séries débiles américaines et autres programmes télévisés compréhensibles par des chimpanzés !

Mais ces quelques jours au fond du trou n’ont pas été complètement perdus pour autant car ils m’ont permis de passer un temps considérable à réfléchir et à me poser des questions plus ou moins philosophiques et existentielles sur des problèmes excessivement variés. Je pense que parfois la fièvre a eu raison de mon cerveau, le poussant à s’interroger sur des sujets particulièrement improbables, mais voici certaines des questions sur lesquelles j’ai passé de longues heures à méditer :

Pourquoi est ce que la nature a décidé de créer les moustiques alors que, comme les contractuelles et les joueurs d’accordéon dans le métro, ils n’ont pas d’autres fonctions que celle de faire chier la terre entière ? Pourquoi est ce que les grosses se donnent toujours rendez-vous au Mc Do pour discuter entre elles du fait qu’elles n’arrivent pas à trouver de copain ? Pourquoi est ce que les scientifiques ne sont toujours pas foutus de guérir le sida alors qu’ils sont en passe de pouvoir envoyer un homme se balader sur Mars ? Pourquoi est ce que tout le monde fantasme sur le fait que les Etats-Unis ont un président noir alors qu’en lui mettant une perruque blonde Obama ressemble à un suédois revenant de deux semaines de vacances sur la Côte d’Azur ? Pourquoi est ce que les hommes persistent à préférer les femmes minces alors qu’avec les grosses, pour le même prix, ils ont plus de matière à aimer? Pourquoi est ce que les films les plus chiants et les chocolats les plus dégueulasses sont toujours considérés comme étant les meilleurs par les « experts » et les passionnés ? Pourquoi est ce que les filles dont je tombe fou amoureux prennent un malin plaisir à arracher mon cœur et à le piétiner sauvagement alors que celles avec lesquelles je me comporte comme un véritable salaud semblent me trouver irrésistible ? Pourquoi est ce que la population continue à choisir son candidat favori en fonction de son programme électoral alors que tout le monde sait pertinemment que les actions finalement menées le seront en fonction de leur popularité à un an de la prochaine présidentielle ? Pourquoi est ce que ma perception de la beauté chez les moches est inversement proportionnel au taux de remplissage de ma bouteille de whisky ? Pourquoi est ce que les paumes de mains des noirs sont blanches ? Pourquoi est ce que chacun d’entre nous consacre sa vie à rechercher l’âme sœur alors que, comme le dit si bien Sacha Guitry, vivre en couple c’est chercher à résoudre à deux des problèmes que l’on aurait jamais eu tout seul ? Pourquoi est ce que la nature a choisi de doter les poules d’ailes si elles ne peuvent pas voler ? Pourquoi est ce que les religions sont à l’origine de tant de conflits violents alors qu’elles ont toutes pour vocation de transmettre un message de paix et d’amour ? Pourquoi et comment est il possible qu’un matin quelqu’un se réveille en se disant « aujourd’hui, c’est décidé, je me mets au curling » ? Pourquoi est ce qu’il a fallu qu’un jour quelqu’un soit suffisamment vicieux pour inventer le wonderbra et le collant « ventre plat » ? Pourquoi est ce que tout le monde critique la musique « commerciale » alors que, par définition, si elle l’est c’est justement qu’elle plaît au plus grand nombre ? Pourquoi est ce que les salaires des footballeurs connaissent aujourd’hui une flambée aberrante sans que personne ne semble s’en émouvoir alors que dans le même temps on parle de plafonner celui des PDG des grandes entreprises et de limiter les bonus des traders ? Pourquoi est ce qu’une femme n’ayant aucun problème à s’exhiber en maillot de bain sur une plage devient instantanément pudique lorsqu’il s’agit d’être vue en sous-vêtements ? Pourquoi est ce qu’en France on trouve que manger du chien est particulièrement dégueulasse alors que manger du lapin ou du cheval est tout ce qu’il y a de plus normal ? Pourquoi est ce que le sexe est un sujet aussi tabou alors qu’il est à l’origine même de la vie ? Pourquoi est ce que la mort fait aussi peur alors que de toute façon elle est inévitable ? Pourquoi est ce que je suis obligé de faire le tour du monde pour réaliser que ma vie est phénoménale… ?

Et c’est donc après 4 jours consacrés à ces réflexions d’une profondeur parfois inouïe que j’ai fini par sortir de mon état léthargique pour enfin reprendre ma marche en avant. Cela s’est traduit dans les faits par un départ pour la gare routière de Rio, que je commence à bien connaître, où j’ai pris un bus qui m’a ramené à Sao Paulo un peu plus d’une semaine après en être parti. Je devais en effet y retrouver Nathalie, l’amie de Sam que j’avais rencontrée à la soirée French Tuesdays, et qui m’avait gentiment proposé de m’héberger pendant un weekend. Après un peu plus de 6 heures de route et un épique trajet en taxi sous la pluie, avec un chauffeur apparemment complètement bourré qui ne semblait absolument pas familier avec le concept de baisse d’adhérence de son véhicule sur route mouillée et avec celui de nécessité de regarder par le pare-brise ce qui se passait dehors plutôt que de jouer avec son GPS posé directement sur ses genoux, j’ai fini par arriver miraculeusement entier dans le quartier de Pinheiros qui était ma destination finale ! J’ai ainsi débarqué vers 19 heures chez cette française trentenaire installée depuis 2 ans au Brésil, où elle monte en ce moment une boîte dans le domaine de la sécurité, après avoir passé les 10 dernières années de sa vie entre NY et Londres où elle avait justement rencontré Sam lorsqu’il y effectuait un stage. Je me suis donc installé dans le salon en arrivant et peu de temps après nous avons quitté son appartement pour nous rendre dans l’un des nombreux petits restos qui fleurissent un peu partout dans cette partie de la ville et nous avons discuté pendant toute la soirée, descendant des bouteilles de vin qui n’ont pas franchement facilité ma sortie de maladie encore toute fraîche !

La journée du samedi fut quant à elle été beaucoup plus culturelle car nous avons profité du beau temps revenu pour effectuer à pied une visite du centre-ville, quartier pour lequel j’avais eu un véritable coup de foudre lors de ma balade à moto avec Fred la semaine précédente. En revanche cette matinée avait commencé pour moi de la pire des manières car j’ai eu la très désagréable surprise d’apprendre à mon réveil, en ouvrant mes mails, que le père et le frère d’un de mes excellents amis d’enfance, dont les parents sont devenus par la suite très proches des miens, s’étaient tués la veille dans un tragique accident d’ULM au Maroc. Cette nouvelle horrible m’a bien évidemment profondément choqué et j’ai dans un premier temps eu beaucoup de mal à réaliser, avant d’éprouver par la suite un vif sentiment de tristesse pour la famille des disparus. Je n’étais donc pas très motivé pour faire quoi que ce soit ce jour là mais je me suis dit qu’une bonne marche était en fait ce qui me ferait le plus de bien.

Nous sommes donc partis en fin de matinée avec Nath et Cris, son colloc’ brésilien homo érudit à l’humour décapant, pour une promenade d’un peu plus de 4 heures qui, après nous avoir fait passer par un marché aux puces dans lequel nous avons « petit-déjeuner » à la buvette locale, nous a menés dans le cœur historique de Sao Paulo. Comme je l’avais déjà constaté précédemment il est aujourd’hui en pleine restructuration et on y trouve donc des monuments magnifiques et des maisons datant de l’époque où les barons du café régnaient en maître sur la ville au milieu d’immeubles récents absolument pas entretenus. Cela est principalement dû du fait que jusqu’à très récemment les Paulistas fuyaient ce quartier mal famé dans lequel  la sécurité était inexistante. Aujourd’hui il faut encore faire très attention et de nombreux Brésiliens ne s’y aventurent toujours pas mais la donne semble malgré tout avoir bien changé.

Le reste de la journée a ensuite été assez calme car, encore assez sonné par la semaine que je venais de vivre, je ne me sentais pas franchement la force de partir courir un marathon ! Nous sommes donc rentrés pour nous reposer avant de recevoir à dîner un invité un peu particulier, Ben, un de mes très bons amis de Reims qui venait d’arriver le matin même à Sao Paulo pour y travailler chez Calyon pendant un an. Comme quoi même à l’autre bout du monde et sans être chez moi j’arrive à organiser des petites soirées très sympas qui me replongent dans l’ambiance parisienne ! Nous avions ensuite prévu de sortir dans une boîte apparemment typiquement brésilienne, mais n’ayant ni la force ni la tête vraiment à faire la fête j’ai finalement opté pour une migration rapide vers mon lit et c’est donc vers minuit que j’ai achevé cette semaine qui a été si désagréablement particulière.

Je ne considère pas pour autant qu’elle a véritablement plombé cette partie de mon voyage car, comme j’essaye de le faire à chaque fois que je suis confronté à des situations difficiles ou délicates, je tente de retirer le positif qui peut en rejaillir. Et indéniablement les claques à la fois physiques et émotionnelles que j’ai reçues ont eu le mérite de me remettre les idées en place. En effet le petit coup de moins bien que j’ai eu m’a permis de connaître encore un peu mieux mes limites tout en me faisant réaliser que si j’en suis arrivé là c’est en grande partie dû au fait que je profite tellement pleinement de mon expérience que mon corps finit par marquer un peu le pas, tandis que la nouvelle horrible de l’accident me pousse à relativiser mes propres petits problèmes anodins qui prennent parfois dans mon esprit une proportion hallucinante. Lorsque l’on réalise que des gens vraiment proches de nous sont confrontés à des drames infiniment plus graves que nos pépins du quotidien cela permet de savourer, peut être de manière un peu égoïste, encore plus pleinement les bonheurs que la vie nous offre et nous réserve. Cela ne m’empêche bien évidemment pas d’éprouver de la peine et du chagrin, mais quand je réfléchis ensuite à ce que je vis à l’heure actuelle je me dis que vraiment je n’ai pas le droit de me plaindre et que, bien au contraire, il est même de mon devoir de profiter au maximum des opportunités qui me tendent les bras. C’est pourquoi aujourd’hui seule une véritable défaillance physique pourrait m’empêcher de continuer ma route.

Mais heureusement je me sens désormais beaucoup mieux, malgré quelques douleurs au ventre encore persistantes, et je m’apprête donc à repartir dès ce soir à la conquête de l’Amérique du Sud. En effet, après un passage rapide à Porto Alegre je vais arriver en milieu de semaine à Montevideo en Uruguay et, après 2 ou 3 jours dans cette ville, je devrais rallier Buenos Aires le weekend prochain. De longues heures de bus se profilent donc à l’horizon mais la joie de découvrir de nouveaux paysages et de nouvelles cultures me donnent largement la force nécessaire pour aborder ces petits désagréments propres aux voyageurs !