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Bolivie - Pérou


La Paz – Route de la Mort A/R : 204 km
La Paz - Copacabana : 155 km
Copacabana – Isla del Sol A/R : 18 km
Copacabana – Cuzco : 426 km
Décalage horaire Bolivie: -6
Décalage horaire Pérou: -7


Mais que le monde est beaaaaaaaau !!! (Désolé, ça faisait longtemps que je n’avais pas pondu une pensée philosophique digne d’une adolescente frétillante sortant d’un concert de Patrick Bruel, et franchement ça me manquait !). Mais sérieusement le monde est vraiment magnifique, et lorsqu’on a en plus la chance comme moi de jouer avec ses limites alors là il devient véritablement fabuleux. Car oui cette semaine j’ai réussi l’exploit d’égaler 4 records du monde en ayant la chance d’aller taper des balles dans le golf le plus haut du monde, de descendre à VTT la route la plus dangereuse du monde, d’effectuer un tour en bateau sur le lac Titicaca, le plus grand du monde, et de rater le match de l’équipe de France face au Mexique pour la raison la plus con du monde ! Je pense donc qu’il ne m’en manquait plus qu’un ou deux pour avoir ma place dans le Guinness à la rubrique « Record du nombre de records battus en moins d’une semaine » !  

Mais cette avalanche d’expériences palpitantes n’a toutefois débuté qu’à partir de mardi car les deux journées précédentes ont été d’une improductivité notoire. Il s’agit peut être même du record de glandouille qui va en fait me permettre de faire valider le record cité préalablement ! J’étais en effet au plus mal après ma nuit passée dehors par des températures négatives la semaine précédente, et j’ai ainsi eu beaucoup de difficultés à m’extirper de mon lit pour profiter des charmes de La Paz. Mes trois activités principales ont donc consisté à me traîner dimanche avec Oliv’ et Alex jusqu’au Burger King pour tester les spécialités locales, à me raser en un peu plus d’une demi-heure pour faire disparaître mon immonde barbe de 2 mois qui commençait à me poser de sérieux problèmes sur le plan que nous dénommerons ici poliment comme « social », et à partir faire lundi un rapide tour en solo dans la ville au cours duquel j’ai réussi à me perdre dans un quartier chaud, ce qui m’a contraint à retourner à l’hôtel aussi vite que possible. En dehors de ça j’ai partagé mon temps entre siestes salvatrices, séances de lecture au cours desquelles mon cerveau n’imprimait pas grand-chose et longues douches bien chaudes destinées à me débarrasser des microbes qui avaient décidé d’organiser une rave party dans mon organisme. Mais heureusement cette période de repos m’a fait beaucoup de bien et, même si j’étais loin d’être complètement remis, je me sentais suffisamment en forme mardi matin pour enfiler un caleçon propre et repartir vers de nouvelles aventures. 

La première d’entre elles a donc consisté à me rendre, par une belle matinée ensoleillée, dans le Golf Club de La Paz, le golf le plus haut parmi tous ceux référencés officiellement dans le monde. Et aussi le plus difficile d’accès car aucun chauffeur de taxi local ne semble connaître ce sport, donc si vous tentez de vous y rendre vous aurez de fortes chances de vous faire déposer comme moi au Tennis Club, qui semble être beaucoup plus populaire. Bah oui mon gars, tu veux faire du sport donc que ce soit du tennis ou du golf tu ne vas pas pleurer, tu seras de toute façon entouré de gens bien habillés ! C’est donc grâce à l’aide du réceptionniste de ce club select que j’ai pu appeler un second taxi qui, lui, m’a amené à destination. Vous remarquerez que je mets en avant ce Bolivien charmant qui m’a très gentiment aidé, et que je ne suis donc pas un enfoiré de raciste qui met tous les représentants d’un même pays dans le même sac… Mais bon, la majorité des Boliviens reste malgré tout parfaitement désagréable ! C’est ce que j’ai encore une fois pu constater lorsque je suis arrivé au Golf Club où, malgré des prix exorbitants qui doivent être eux aussi parmi les plus élevés du monde, j’ai été accueilli par une joyeuse bande de trouducs qui m’ont traité comme si j’étais la dernière des raclures. Alors je veux bien être habitué depuis plus de 6 mois à vivre comme un vagabond et avoir rayé le mot « luxe » de mon vocabulaire, mais lorsque je paye l’équivalent de 10€ pour avoir le simple droit d’utiliser le practice pendant une heure, 10€ pour louer des clubs bons pour être exposés dans un musée et 5€ pour 3 seaux de balles j’estime que j’ai au moins le droit à un sourire de la part de la vilaine réceptionniste ! Mais ce n’était finalement pas ça l’important, le bonheur de jouer à près de 4000 mètres d’altitude était tel que je ne m’en suis pas franchement formalisé. Et l’expérience valait d’ailleurs vraiment le coup d’être vécue car à une telle hauteur les sensations sont très différentes. C’est en effet la première fois que je soufflais comme un phoque après avoir tapé 10 malheureuses balles, et c’est exténué que je suis arrivé au bout de la centième, qui a misérablement roulé à une dizaine de mètres de mes pieds congelés ! 

La suite de cette journée fut elle aussi originale car, après être rentré beaucoup plus facilement à La Paz que je n’en étais parti, j’ai retrouvé mes 2 compères français qui étaient eux partis la veille effectuer un trek de 24 heures, et je les ai accompagnés dans leurs achats de souvenirs qui fut lui aussi un grand moment. En effet il faut reconnaître que l’artisanat local ne produit pas que des biens d’une qualité et d’un goût exquis, et nous avons donc passé deux bonnes heures à essayer toutes sortes de ponchos bariolés, de bonnets flanqués de lamas multicolores et de gants à grosses mailles qui sont difficilement mettables en dehors de la Bolivie. Mais le plus grand moment fut notre passage dans la mythique Rue des Sorcières dans laquelle on trouve un nombre incalculables de saloperies en tout genre, telles que des grigris, des potions à base d’herbes, à mon avis plus ou moins légales, ou encore des fœtus de lamas séchés, destinées principalement à résoudre les problèmes de fertilité et de libido. Je donnerais d’ailleurs cher pour voir la tête d’un douanier français à qui on expliquerait que le petit animal immonde et tout fripé emballé dans du papier bulle est l’équivalent bolivien du Viagra et que par conséquent il serait gentil de ne pas le saisir, car une confiscation aurait de graves conséquences sur la vie sexuelle de son détenteur ! 

Après de si belles découvertes il fut temps pour moi d’aller mettre la viande dans le torchon, comme on dit si élégamment chez moi, et ce pour deux raisons : la première c’était que je restais épuisé par ma maladie qui était loin d’être guérie, et la seconde que je m’attaquais le lendemain matin à vélo à la Route de la Mort et que, par conséquent, je devais me présenter à 7h du matin, et dans les meilleures dispositions physiques possibles, à l’agence de tourisme par laquelle j’avais booké ce tour. 

Mais avant de me faire les gros yeux et de m’expliquer que je suis un grand malade de m’y être attaqué en n’étant pas en pleine possession de mes moyens, répondons dans un premier temps à cette question que vous devez certainement vous poser : qu’est ce que c’est que cette foutue Route de la Mort ? Et comme je suis dans le fond un mec plutôt sympa je vais y répondre dès maintenant : il s’agit d’une route de montagne de 38km, constituée exclusivement de terre et de cailloux, qui serpente allègrement dans un paysage de jungle, dont la largeur n’excède jamais les 3 mètres, et qui est baptisée à juste titre « route la plus dangereuse du monde » en raison des précipices de plus de 200 mètres, non sécurisés par d’éventuelles barrières, qui bordent cet axe sanguinaire utilisé jusqu’il y a 4 ans comme voie d’accès principal au village de Carocoi situé dans la vallée.
 
Maintenant que les présentations sont faites attaquons nous à la description de cette journée qui devrait donner des sueurs froides à certains d’entre vous !  

Nous sommes donc partis de La Paz vers 8h, un Ecossais, deux Néerlandais, le guide Bolivien, le chauffeur de la camionnette et moi, avec les VTT sur le toit et une sérieuse envie d’en découdre avec ce défi de la nature. Et c’est après une bonne heure de route que nous avons pu accéder au point de départ de cette folle journée. S’en est suivi un briefing sérieux et très bien détaillé à l’issue duquel nous avons enfin pu enfourcher nos montures maléfiques et nous attaquer à la première partie des 67km de descentes infernales. Car en effet l’essentiel de cette aventure était « down hill », ce qui présageait une dépense physique limitée. Et je dois avouer que pendant les 20 premiers kilomètres j’ai été un peu déçu car, bien que nous descendions à une vitesse moyenne supérieure à 50 km/h, tout se déroulait sur une route parfaitement goudronnée qui ne méritait en rien le doux surnom de Route de la Mort. Mais heureusement, après quelques minutes et une portion de 7km rapidement effectuée en voiture, nous avons pu nous attaquer au vif du sujet et, comme je l’espérais, enfin regarder la Mort en face… 

Car la chance que j’ai eue c’était que notre groupe avait une moyenne d’âge de 25 ans et n’était constitué que de sportifs chevronnés qui souhaitaient rendre cette journée aussi mémorable que possible. Adieu donc les craintes de voir cette expérience se transformer en promenade de santé et bienvenue aux montées d’adrénaline lors de pointes à près de 40km/h effectuées sur ces chemins sinueux qui ne laissaient absolument aucune place à l’erreur et aux sautes éventuelles de concentration. Nous avons d’ailleurs compris rapidement que la dangerosité du lieu n’étais pas un mythe lorsque notre guide nous a expliqué qu’au cours de ces dernières années 19 personnes précisément y avaient trouvé la mort à vélo, et lorsqu’à chacune de nos haltes, effectuées environ tous les quarts d’heure, nous avions le droit à l’histoire détaillée de l’accident mortel qui avait eu lieu à seulement quelques dizaines de mètres de l’endroit où nous nous trouvions ! 

C’est donc après plus d’une heure de descente à un rythme effréné, suffisamment élevé pour impressionner l’ami Gonzales qui accompagne pourtant des groupes 4 fois par semaine depuis 7 ans, et après 2 ou 3 frayeurs réelles causées par des dérapages un peu tardifs, que je suis arrivé vidé au terme de cette folle expérience. Vidé mais vivant et heureux. Car j’ai effectivement une mauvaise nouvelle pour ceux qui n’apprécieraient que moyennement ce genre d’activités au cours desquelles on tutoie les limites, et pour lesquelles la perte du jeu se traduit automatiquement par une disparition brutale et soudaine, je ne suis pas prêt d’arrêter. Au contraire je réalise de plus en plus que j’ai besoin de ces challenges et de ces montées d’adrénaline pour apprécier chaque jour d’avantage la beauté de la vie. Certains appelleront ça du masochisme, d’autres de l’insouciance poussée à l’extrême, mais moi j’appelle ça un moteur et une source inépuisable de bonheur. En effet, qu’y a-t-il de plus jouissif que de regarder la Mort droit dans les yeux et de lui faire un joli doigt d’honneur tout en lui décochant son plus beau sourire, et de lui dire le plus posément du monde : « Désolé ma belle, mais c’est encore moi qui ai gagné ! ». Personnellement cela me donne la force nécessaire pour avancer dans mes projets les plus importants, et me remplit surtout d’une confiance en moi que je considère comme absolument indispensable pour croire en ma capacité à affronter les épreuves du quotidien. Donc je m’excuse d’avance auprès de tous ceux à qui ça ne plairait pas mais je ne suis pas prêt de renoncer à tout ce qui est parachutisme, saut à l’élastique et tout autre type d’activités pour lesquelles le risque, toutefois contrôlé car je suis loin d’être suicidaire, est l’un des principaux paramètres. Je pense que je ne mettrai en fait un terme à tout ça que le jour où j’aurai des enfants, mais il va falloir être patient car ce n’est pas prévu pour demain matin. Enfin… je crois, sinon ça serait vraiment sympa de me prévenir dans les plus brefs délais ! 

Mais je sens que j’ai suffisamment joué avec vos nerfs donc je vais arrêter là la description de cette expérience unique, et suspendre pour l’instant mes pensées hautement philosophiques sur le danger et ses douces vertus ! Et vous pouvez de toute façon vous détendre car, après un retour en camionnette (pas en 4x4 mais bien en camionnette de fabrication chinoise à la fiabilité toute relative) par cette même fameuse Route de la Mort, et qui fut donc de loin le plus angoissant de toute ma vie en raison de l’absence totale de contrôle que j’avais sur le déroulement des événements et sur la conduite de notre chauffeur heureusement extrêmement doué, le reste de la semaine fut autrement plus calme. 

La journée du jeudi fut même d’une sérénité rarement égalée car elle a commencé par un trajet en bus de La Paz à Copacabana, une ville située sur les rives du lac Titicaca, et m’a donc permis de découvrir des paysages d’une splendeur inouïe. Alors, oui, j’ai bien conscience du fait que quasiment toutes les semaines je m’extasie devant des panoramas qui sont à chaque fois d’une beauté inégalée, mais je n’y peux rien si le Monde a autant de joyaux à nous offrir et si je parviens en plus à les enfiler comme des perles au cours de ce voyage ! Mais, promis, je me ferai une cure à la Grande Motte à mon retour en France pour contrebalancer cette overdose de bonheur visuel accumulé pendant 9 mois ! En attendant c’est dans un paysage méditerranéen, constitué de nombreuses collines, à la fois délicatement pelées et couvertes d’arbres ressemblant à des pins et à des cyprès, tombant parfois à pic dans ce lac majestueux dont le calme n’est pas suffisant pour lui retirer son aspect de véritable mer intérieure, que j’ai posé mes affaires usées par le voyage pendant 48 heures. 

Mais pour être plus exact ce n’est que vendredi que j’ai profité au maximum de la splendeur de ce site car la journée du jeudi fut à peu près aussi insignifiante que les deux premières de cette semaine. J’avais en effet prévu d’y aller mollo afin que ma crève ne soit enfin plus qu’un mauvais souvenir, et pour cela j’avais choisi de me poser sagement dans un bar avec comme objectif de regarder tranquillement le match de foot de l’ équipe de France. Mais mes plans furent contrariés en raison d’un événement peu banal, une coupure de courant de plus de 6 heures causée par la chute d’un poteau électrique dans le lac Titicaca ! Cela s’est avéré être finalement un mal pour un bien car cela m’a évité d’assister en live à l’humiliation internationale, au sens propre du terme, infligée à la bande de bras cassés sélectionnés par notre aussi antipathique qu’incompétent ami Domenech. Et la seconde vertu de cette panne fut de me faire passer la nuit la plus longue de mon existence (je vous avais bien dit que je faisais péter tous les records cette semaine !). En effet, en raison de l’impossibilité totale d’allumer la moindre télévision je suis rentré à 15h à mon hôtel où je me suis allongé pour une courte sieste et, après un premier réveil furtif vers 19h, c’est finalement à 6h30 le lendemain matin que j’ai rouvert les yeux ! Du coup c’est enfin totalement frais et dispo que j’ai pu m’attaquer aux réjouissances du vendredi, à savoir un trek d’une journée sur la Isla del Sol, une île située au milieu du lac. 

C’est donc à 8h30 que j’ai embarqué à bord d’un petit bateau qui, en dehors du simple fait de nous mener à bon port, a eu le mérite de nous faire profiter des charmes matinaux de cette vaste étendue d’eau bordée de montagnes enneigées et de collines recouvertes de hautes herbes jaunies qui font étrangement penser à celles que l’on peut retrouver en Toscane. Et vers 10h30 nous sommes arrivés au nord de ce rocher de 9km de long qui tient son nom du fait que, selon les croyances Incas, il s’agirait du lieu où le dieu Soleil aurait fait apparaître le premier homme afin qu’il soit son messager sur Terre. Alors, on est bien d’accord, ça ne vaut pas le jardin d’Eden ou l’Immaculée Conception de la religion catholique mais il faut bien admettre que l’histoire est tout de même jolie ! Et c’est ensuite en un peu moins de 3h que j’ai parcouru les 9km de chemins de pierres millénaires qui permettent de se rendre d’un bout à l’autre de l’île, tout en bénéficiant d’une vue superbe à la fois sur les cultures en escaliers qui font aujourd’hui vivre ses habitants et sur le lac qui offre des couleurs venues d’ailleurs grâce aux rayons de soleil qui se reflètent sur sa surface. Et pour couronner le tout on peut également y admirer des ruines Incas dont la configuration donne une assez bonne idée à la fois de la manière dont la société était organisée à l’époque et du mode de vie qui était le leur il y a désormais des centaines et des centaines d’années. Puis le retour à Copacabana fut tout aussi tranquille que l’aller, avec tout de même un avantage supplémentaire, ma rencontre avec un informaticien retraité qui, très gentiment, à accepter de jeter un coup d’œil à mon ordinateur qui commençait à présenter de sérieux signes de fatigue, et d’y mettre très efficacement un bon coup de balai. C’est donc lui qu’il faudra remercier si je peux continuer à vous relater toutes mes péripéties jusqu’au 23 août, date officielle de mon retour ! 

Et pour finir cette semaine alternant le palpitant et le chiant à mourir, la journée du samedi fut d’un ennui mortel. En effet je l’ai passée dans un bus, de 9h à 19h30, entre Copacabana et Cuzco, ville mythique du Pérou. Le seul événement qui aurait pu être marquant fut le passage de frontière pour sortir de Bolivie, mais quitter ce pays s’est avéré être finalement à peu près aussi facile que de rentrer en boîte à Paris lorsque l’on porte une particule et que l’on a réservé au préalable une table avec bouteille ! C’est donc bien calmement que j’ai achevé ce séjour bolivien, et que je me suis attaqué à la partie péruvienne de mon voyage. Mais, soyons honnête, cela fait du bien de lever un peu le pied car, comme le dit si bien l’adage populaire, qui veut aller loin doit ménager sa monture. Et je pense que la mienne a déjà bien galopé !