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Nouvelle – Zélande / Australie


Christchurch - Melbourne : 2404 km
Décalage horaire : + 10


Depuis mon arrivée à Auckland je n’avais pas vraiment pris le temps de rencontrer de néo-zélandais et de partager leur mode de vie. C’est donc ce que je fais dimanche, légèrement fatigué après ma sympathique soirée de bienvenue. Et cela tombait très bien car l’activité principale dans la coloc’ a consisté à s’avachir toute la journée dans un canapé pour regarder du sport à la télé ! Mais cette occupation assez peu cérébrale ne fut pas dénuée d’un certain intérêt culturel puisque c’est devant un match de cricket que je me suis paisiblement remis de mes excès de la veille. Je n’avais pas eu l’occasion de me réintéresser à ce sport depuis mon année passée comme pensionnaire en Angleterre il y a maintenant plus de 10 ans, et ce n’est pas sans une certaine émotion que je me suis à nouveau emmerdé pendant 4 heures devant cet héritage britannique à peu près aussi passionnant à regarder que du curling ! Mais devant l’engouement de mes colocataires je me devais de partager ce moment convivial. Je ne suis donc sorti que pour acheter de quoi survivre à cette journée d’oisiveté et je suis sagement retourné prendre ma place sur le canapé moins d’une demi-heure après l’avoir quitté. Mais l’autre intérêt de ce manque total d’activité physique a résidé dans le fait que j’ai pu discuter pendant plusieurs heures avec des étudiants néo-zélandais sensiblement du même âge que moi et que, en plus de pratiquer mon anglais, cela m’a permis d’avoir un échange intéressant à propos de leur mode de vie. A quelques différences près j’ai été rassuré de voir que les préoccupations principales des étudiants à travers le monde sont identiques : principalement la fiesta et la picole !


Le lendemain matin, frais et dispo, j’ai décidé que mes excès de paresse du dimanche nécessitaient un rattrapage sérieux en termes d’activités constructives. J’ai donc enfilé mes baskets et je suis parti pour un long jogging de plus de 2 heures. Cela m’a permis de passer un bon moment dans l’un des endroits les plus agréables de Christchurch, Hagley Park. Grâce à cette ballade j’ai pu une nouvelle fois prendre conscience de la chance qu’ont les néo-zélandais de bénéficier d’une nature aussi riche. En effet, on trouve en plein cœur de la ville un parc magnifique qui compte entre autres l’un des plus beaux jardins botaniques du monde et un parcours de golf ! Etant assez loin du quartier où je résidais j’ai décidé de rentrer tant qu’il me restait quelques forces, mais d’y retourner rapidement pour m’y promener plus longuement. Ce choix de retour précipité s’est d’ailleurs avéré judicieux car moins d’une demie-heure après être arrivé il s’est mis à pleuvoir des cordes, et ce pendant plusieurs heures. J’ai ensuite profité d’une accalmie en milieu d’après-midi pour retourner dans le centre et faire quelques photos. Mais une fois encore la pluie s’en est mêlée, ce qui m’a obligé à retourner à la maison moins d’une heure après être descendu du bus. Et la fin de la journée a étrangement ressemblé à la veille, à discuter avec les colocs devant la télé.

Heureusement le soleil était de retour mardi, malgré un froid persistant et totalement indigne de l’été que j’envisageais depuis Paris où j’avais finalement presque plus chaud ! Cela ne m’a pourtant pas découragé et je suis parti assez tôt, bien décidé à profiter pleinement de ma dernière journée complète en Nouvelle-Zélande. C’est donc à pied que j’ai fait l’aller-retour dans le centre, situé à 7 ou 8 km de l’endroit où je résidais. Au cours de cette promenade j’ai passé un bon moment à flâner dans le jardin botanique, avant de me rendre à l’Arts Centre qui est implanté dans l’ancienne université et dont l’architecture est très similaire à celle des collèges anglais classiques que j’adore. Je me suis ensuite rendu dans le centre afin de découvrir le cœur historique de Christchurch. Après 5 bonnes heures de ballade j’étais ravi de pouvoir me poser dans ma chambre pour rattraper mon retard dans mes mails et dans mes recherches de logements pour l’Australie. 

Mais c’est mardi soir que mon expérience dans l’île du Sud a été la plus enrichissante car après avoir dîné avec Laura, mon hôtesse de couchsurfing, nous avons rejoint un nombre important de cuisiniers et de serveurs avec qui elle travaille parfois pour partager quelques verres. Cela m’a permis de discuter avec des locaux dont le mode de vie est radicalement différent du mien et qui ont donc logiquement des visions de la vie très différentes. De plus, grâce à leurs jobs ils bénéficient tous d’un certain nombre de verres gratuits dont j’ai bien profités, ce qui a largement facilité la tenue d’une conversation jusqu’à une heure tardive ! Et je dois avouer que je n’étais pas contre ce stimulant intellectuel car j’ai toujours un peu de mal, malgré mes 2 semaines passées dans le pays, à comprendre certains néo-zélandais en raison de leur accent. Mais vers 11h tout me paraissait plus limpide et je pense que j’aurais pu discuter toute la nuit si nous n’avions pas dû rentrer à cause de la fin du service de bus !

C’est donc sur une note très positive que j’ai achevé mon séjour néo-zélandais, quelques heures seulement avant de prendre l’avion pour l’Australie, où je vais désormais passer les 5 prochaines semaines.

Ce voyage s’est d’ailleurs très bien passé car, en dehors d’un très léger retard d’une dizaine de minutes, je n’ai pas eu le moindre problème. Au contraire, l’absence de voisin sur ma rangée m’a permis de m’allonger pendant les 4 heures de vol et, arrivé à Melbourne, j’avais suffisamment appris lors de mon dernier passage de douane pour savoir exactement comment m’y prendre. Affublé de ma veste de costard et de mes mocassins j’ai foncé directement sur une douanière d’environ 25 ans, plutôt que sur l’un des 2 barbus des postes qui l’entouraient, et je lui ai tendu mon passeport tout en lui offrant mon plus beau sourire… et ça a marché, elle ne m’a même pas demandé mon visa et m’a laissé passer en me souriant en retour ! La prochaine fois je tente le décolleté et le Wonderbra et je suis sûr que je n’aurai même plus à sortir mon passeport !!! Ensuite, le check-up post-récupération des bagages a été aussi facile à franchir et moins de 20mn après être descendu de l’avion je me retrouvais dehors, sous la chaleur écrasante de l’Australie. J’avais bien raison d’attendre avec impatience de quitter la Nouvelle-Zélande pour enfin trouver un temps estival car c’est sous un soleil de plomb et une température de 36 degrés que je suis arrivé. Et ce contexte idéal m’a pour la première fois fait pleinement prendre conscience du fait que j’étais bien parti pour un tour du monde, et non pour de simples vacances de quelques semaines. En effet, j’avais jusqu’à présent réalisé que j’avais quitté la France mais je n’avais pas vraiment intégré le fait que j’étais parti pour plusieurs mois. Et le fait de reprendre l’avion à Christchurch sans pour autant atterrir à Paris m’a définitivement ouvert les yeux sur ce que j’étais en train de vivre. J’aurais donc du mal à décrire la joie que j’ai ressentie en me posant à Melbourne !

Mais après ces 4 jours de calme et autant de bonnes nouvelles je sentais bien qu’il y avait quelque chose d’anormal et que je devais retrouver au plus vite mon lot quotidien d’expériences improbables. C’est donc avec un plaisir non dissimulé que j’ai découvert en fin d’après-midi le lieu dans lequel j’allais passer le reste de la semaine : un squat hippie, mais cette fois-ci dans le sens accueillant et chaleureux du terme. Les 2 occupantes habituelles, parties méditer en Inde pendant quelques mois, ont décoré cette maison avec un goût certain, alliant à merveille le psychédélique, le porno et les posters faisant l’apologie des drogues en tout genre. C’est donc au milieu de citations à la gloire de la paix et de l’amour inscrites à même le mur et de mannequins de vitrines habillés à l’aide de vêtements vintages que j’ai posé mon sac à dos pour quelques jours.

Les occupants actuels de ce squat sont naturellement tous très gentils (philosophie oblige !) et m’ont proposé dès le premier soir de les accompagner à une soirée dans un parc situé à une quarantaine de minutes à pied. Ce n’est que lorsque que mon hôtesse a mis dans son sac les LSD qu’elle allait vendre pour se faire un peu d’argent de poche, et qu’elle ont pris avec une de ses colocs des acides pour passer une meilleure soirée, que j’ai réalisé que j’avais débarqué sur une autre planète ! Et le voyage n’allait pas s’arrêter là car la soirée en question valait vraiment le coup d’être vécue. Il s’agissait en fait d’un rassemblement dans un skate-park d’une cinquantaine de punks et de grunges, tous plus ou moins dans un état second. Je dois reconnaître que n’étant ni tatoué sur la majorité du corps, ni une lesbienne rasta en pleine action à même le sol au milieu de dizaines de personnes et ne m’étant pas non plus rasé uniquement la moitié de la tête, je ne me sentais pas vraiment à ma place… Ils ont même dû halluciner en me voyant débarquer, tout mignon avec ma chemise rose, mon short Abercrombie et mes tongs Havaïanas ! Heureusement que j’avais ma barbe de 3 semaines, ça m’a permis de me sentir moi aussi un peu rebelle au milieu de ce groupe de marginaux très sympathiques ! Heureusement, 2 des colocs un peu moins hippies que la moyenne étaient eux aussi fatigués et je suis rentré avec eux vers 1h, après que la  foule ait été dispersée par l’arrivée des flics sur les lieux. J’étais très content de rentrer, mais surtout ravi d’avoir l’occasion de découvrir pendant quelques jours ce mode de vie si différent de mes standards parisiens. Et c’est pour ça que j’adore le couchsurfing, c’est un peu comme le speed dating : on ne sait jamais sur qui on va tomber avant d’y aller, mais on sait que les chances de rencontrer des tarés que l’on aurait jamais eu l’occasion de rencontrer ailleurs sont plus que non négligeables !

Le lendemain c’est sous la pluie et dans la grisaille que je me suis réveillé. Je ne sais pas ce que j’ai bien pu faire à Hermès mais il semble qu’il ait décidé de me pourrir mon voyage ! Profitant d’une accalmie je suis sorti pour marcher un peu, avec comme objectif de découvrir Melbourne. Et comme il faisait très bon malgré tout c’est en short et en tongs que je suis parti. Ce n’est qu’au bout d’une heure, lorsqu’il s’est mis à pleuvoir des trombes d’eau que j’ai réalisé que je n’avais pas forcément eu la meilleure des idées du monde. J’ai donc sorti mon splendide vêtement de pluie rouge fluo que j’avais par miracle dans mon sac à dos et j’ai pataugé comme un enfant de 3 ans dans les flaques pendant plus d’une heure, le temps de rentrer dans mon squat sous le regard médusé des automobilistes australiens !

Heureusement la météo a été plus clémente jeudi, et j’ai pu me promener dans Melbourne pendant plus de 6 heures sous un soleil radieux. Il s’agit d’une ville extrêmement agréable dans laquelle on trouve, principalement autour d’Elizabeth Street et de Swanston Street, un grand nombre de bars branchés, de restos trendy et autre magasins dans lesquels les australiens semblent passer beaucoup de temps. Il est très difficile de décrire l’atmosphère d’une ville mais je comprends désormais beaucoup mieux ce que les personnes qui sont déjà venues veulent dire lorsqu’elles parlent de mode de vie à l’australienne. On ressent en effet très bien, comme à Madrid ou San Francisco, l’absence de stress pourtant caractéristique des grandes villes. Cela est très certainement aussi dû à l’importance qui est accordée au sport dans la vie de tous les jours, et aux espaces immenses qui sont dédiés un peu partout au cricket et au golf.

Mais tout n’est pas rose et un élément spécifique est particulièrement désagréable : le coût de la vie. Tout est absolument hors de prix en Australie, que ça soit la nourriture, les loisirs, le tabac ou l’alcool. Les prix sont quasiment multipliés par 2 par rapport à la Nouvelle-Zélande et beaucoup de produits sont même plus chers qu’à Paris ou New York. Alors oui, je sais, je n’ai qu’à ni fumer ni picoler et ça me fera faire des économies, mais personne n’est parfait ! Mais sérieusement, étant donné mon budget restreint, je ne peux pas suivre mes colocs dans leurs folles sorties nocturnes. Je n’imaginais pas qu’un jour je ne serais pas en mesure de m’aligner financièrement sur un budget hippie mais il faut croire que c’est un mode de vie réservé aux enfants de familles aisées en sortie de crise d’adolescence ou à des dealers un peu plus malins que la moyenne ! Jeudi soir je suis donc simplement sorti prendre un verre dans un pub proche de la « maison » où un groupe de rock local se produisait. Et je suis sagement rentré me coucher à la fin du concert, laissant les autres partir à la pêche aux ecstas pour tenir toute la nuit.

En ce qui concerne ce mode de vie je dois avouer qu’il ne m’attire pas du tout, et je pense que j’ai finalement passé l’âge de tester ce genre de conneries, mais je suis tout de même vraiment content d’être là. En vivant quelques jours dans ce cadre, tout seul et à l’autre bout du monde, je peux prendre un véritable recul sur tout ce que j’ai connu jusqu’à présent et me poser les vraies questions qui me permettront d’avancer à mon retour de voyage. Car en effet, même si je suis constamment entouré de personnes très différentes et sympathiques depuis mon départ de Paris, il s’agit essentiellement de gens peu ou pas concernés par mon voyage. Et il est intéressant de voir à quel point on peut se sentir seul et isolé malgré la présence d’un grand nombre de personnes autour de soi. Mais, encore une fois, je suis ravi car c’est exactement ce que suis venu chercher ici : rencontrer des gens très différents tout en me trouvant dans un contexte favorable à la réflexion et à l’introspection. Je ne suis pas parti depuis longtemps mais déjà je sens que des changements commencent à se faire sentir, et je ne parle pas uniquement de ma belle barbe qui légitime désormais mon statut de baroudeur international !

Bien que je prenne beaucoup de plaisir à profiter du temps dont je dispose pour réfléchir je dois aussi planifier la suite de mon voyage. En changeant de lieu d’habitation tous les 4 jours je me dois de garder une certaine organisation et de ne pas tout laisser au hasard. J’ai donc occupé une bonne partie de ma journée du samedi à l’organisation de ma prochaine expérience : travailleur dans une ferme pour une période de 10 jours. Cela va d’ailleurs être la première fois, et une des seules, où je vais pouvoir me poser au même endroit pendant « aussi longtemps ». J’ai également quasiment réglé la question de mon hébergement à Sydney, étape suivante de mon voyage. Une amie de mes colocs résidant dans cette ville, et venue passer quelques jours à Melbourne, m’a offert de m’héberger pendant mon séjour. Je suis très soulagé car les hôtels sont soit bookés soit hors de prix à cette période de l’année à cause du réveillon. Et la majorité des gens qui m’ont répondu sur le site de couchsurfing seront partis le 31. Je commençais donc à paniquer un peu mais c’est là aussi quelque chose que l’on découvre lorsque l’on voyage : quelque soit le problème il y a toujours une solution !

Et j’ai particulièrement intérêt à y croire en ce moment car je connais mes premiers petits pépins physiques. En effet je suis un peu malade en ce moment, mais ce sont surtout mes dents qui me font peur à l’heure actuelle. Deux de celles que je me suis faites soigner avant de partir sont particulièrement sensibles et je pense que je ne vais pas devoir trop tarder à aller faire une enquête personnelle sur le système de santé bucco-dentaire australien si je veux éviter le rapatriement pour raisons sanitaires dans quelques semaines !