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Argentine - Chili


Cordoba – Mendoza : 466 km
Mendoza – Santiago : 183 km
Santiago – Valparaiso : 120 km
Décalage horaire Argentine: -5
Décalage horaire Chili: -6
 

Allez hop, après quelques jours légèrement difficiles durant lesquels mon moral avait chuté en flèche pour atteindre son niveau le plus bas depuis longtemps tout est rentré dans l’ordre et, que l’on soit bien clair quant à mes intentions et à ma motivation, c’est désormais reparti comme en 40 ! Finis les sessions de déprime peu ou pas justifiées et place aux activités aussi excitantes que dépaysantes. Entre la tournée des vignobles à vélo, la balade à cheval dans la pampa ou la découverte d’un nouveau pays on peut dire que cette semaine a été riche en événements et que c’était exactement ce dont j’avais besoin pour me remettre en selle, au sens propre comme figuré ! J’ai surtout réalisé que je n’avais plus « que » 3 mois pour profiter au maximum de l’une des expériences qui restera a tout jamais l’une des plus exceptionnelles de ma vie et que, pour rien au monde, je ne voudrais gâcher ce temps précieux dont j’ai la chance inouïe de bénéficier. Donc basta les idées noires et welcome back à l’aventurier qui sommeille en moi, le monde est trop riche et les opportunités d’être heureux trop nombreuses pour perdre son temps à se faire des nœuds dans le cerveau !

Mais pour honnête ce n’est qu’à partir de lundi que je me suis mis le coup de pied au cul nécessaire pour être capable de repartir sur de bons rails car la journée de dimanche n’a pas été franchement propice à un épanouissement personnel complet et absolu. En effet celle-ci s’est surtout caractérisée par son inutilité la plus totale, tout étant fermé pour cause de weekend et de bicentenaire. Je l’ai ainsi passée à errer dans les rues de Cordoba, attendant avec impatience le bus qui allait m’emmener le soir même à Mendoza. Et c’est donc à partir du lendemain, lorsque je suis arrivé dans la capitale viticole argentine, que les choses ont pris une tournure nettement plus agréable, avec de nombreuses découvertes qui allaient littéralement ensoleiller cette partie de mon voyage.

La première d’entre elles fut l’hôtel dans lequel j’ai débarqué au petit matin, après une nuit supplémentaire dans un bus à mettre à mon actif. J’ai bien conscience du fait que découvrir une auberge de jeunesse perdue dans une ville de province d’Argentine n’a rien d’exceptionnel mais il s’agissait de l’une des plus confortables que j’ai connues jusqu’à présent, et cela plaçait la semaine à venir sous les meilleurs hospices. J’ai en plus eu la chance d’y rencontrer dès mon arrivée une américaine particulièrement sympa qui m’a définitivement convaincu de laisser s’évaporer mes dernières vapeurs de manque de motivation en m’attaquant le jour même aux activités locales, ce que j’avais initialement prévu de ne faire qu’à partir du lendemain. Alors que j’avais prévu de passer la journée de manière assez tranquille pour me remettre de mon trajet nocturne elle m’a en effet suffisamment vanté les vertus d’une bonne balade à vélo pour me persuader de l’accompagner dans sa tournée des vignobles, la principale attraction de Mendoza. C’est donc vers 13h que je me suis mis en route avec cette new-yorkaise prof de latin aux oreilles couvertes de piercings, qui présente la particularité de n’avoir jamais étudié elle-même cette langue morte au-delà du lycée… Mais ses cours étant dispensés dans un établissement spécialisé pour adolescents à problèmes il semblerait que le niveau requis pour y enseigner soit relativement bas ! Et après une bonne demi-heure de bus nous avons ainsi atterri, la quasi-agrégée de latin et moi, dans une agence de location de vélos située dans une zone assez déserte où la fête allait enfin pouvoir commencer.

Tout a donc débuté chez Señor Hugo, un charmant petit vieux qui loue dans un hangar tenant encore miraculeusement debout des deux-roues à peu près aussi âgés que leur propriétaire. Mais ils ont malgré tout l’avantage d’être encore en état de marche et c’est ainsi moins de 10 minutes après être arrivés que nous sommes repartis en équilibre instable sur nos selles mal vissées, mais avec à la main la carte permettant de trouver facilement les producteurs de vin et de liqueurs locaux. Notre premier stop fut d’ailleurs assez culturel car il s’agissait du musée du vin qui présente la particularité d’avoir été établi dans une exploitation toujours en activité. Nous avons alors pu nous promener pendant un petit moment au milieu des immenses fûts de chêne et des nombreux instruments nécessaires à la fabrication du précieux nectar, puis nous sommes ressortis juste avant que ne commence la visite en espagnol que je n’aurais de toute façon pas comprise. Mais pas complètement fous non plus nous nous sommes renseignés sur sa durée afin d’être en mesure de revenir à temps pour la dégustation gratuite qui la clôturait, et nous avons ensuite foncé chez le voisin producteur d’huiles d’olive, de chocolats et d’alcools divers et variés pour un encas salvateur ! Il ne le fut toutefois pas tant que ça car, avant de retourner au musée pour consommer le verre que nous ne méritions absolument pas, nous avons eu l’honneur de déguster une absinthe du cru qui a eu le mérite de nous mettre en forme pour le reste de l’après-midi. C’est donc déjà doucement attaqués que nous avons poursuivi notre excursion en avalant rapidement les 5km qui nous séparaient d’une exploitation familiale dans laquelle nous avons eu le droit à un petit cours particulier sur l’art de la fabrication du vin, mais surtout à un verre de Cabernet-Sauvignon que nous avons savouré avec un plaisir immense à la fois sous le soleil qui rayonnait ce jour-là et face aux vignes qui entouraient le bâtiment principal. Et cette folle après-midi sportivo-éthylique s’est achevée par une dernière visite de cave au cours de laquelle nous avons cette fois-ci eu le droit à une dégustation de 3 vins rouges différents que nous avions le droit de recracher mais, soyons honnêtes, que nous n’avons pas eu le courage de gâcher ! Tout n’était malgré tout pas complètement terminé après cette ultime séance officielle de picole car à notre retour à l’agence-hangar de location, où nous avons tant bien que mal réussi à rapporter nos vélos, nous avons été accueillis avec un verre de vin maison qui, lui, nous a définitivement achevé… Je n’étais donc bien évidemment pas très frais à 20h, heure à laquelle cette série de visites déconseillées par la sécurité routière a pris fin, mais j’ai tout de même appris 3 choses essentielles ce jour là : 1) Les visites de vignobles c’est passionnant, 2) Plus les verres descendent, plus faire du vélo c’est rigolo, et 3) L’alcool ça rend saoul !

Le retour de cette expédition fut d’ailleurs lui aussi un moment fort de cette journée car c’est avec une vingtaine d’étrangers rencontrés autour du fameux verre offert par Señor Hugo, et bien évidemment tous plus cuités les uns que les autres, que je suis rentré dans le centre de Mendoza grâce à un bus dans lequel l’ambiance ressemblait étrangement à celle des retours de Bayonne à 6h du mat’ pendant la période des fêtes ! J’ai alors décidé dans mon cerveau de poivrot que, quitte à faire dans l’originalité, j’allais le faire jusqu’au bout en dînant avec la personne le plus improbable de ce groupe qui l’était déjà bien suffisamment comme ça. Et c’est donc dans un restaurant marocain, dont on se demande bien comment les gérants ont atterris dans le fin fond de l’Amérique du Sud, que je me suis retrouvé avec une assistante sociale belge d’une trentaine d’années complètement allumée qui, partie seule pour un tour du monde d’une durée indéterminée, se distinguait entre autres par le fait qu’elle parlait couramment bulgare. La situation était naturellement aussi marrante à vivre qu’à décrire, mais passablement crevé après ma nuit quasiment blanche de la veille dans le bus et, il faut bien le dire, abreuvé de vins et de rencontres irréelles, j’ai fini par choisir l’option « coucher anticipé ». Je suis donc rentré bien sagement à mon hôtel, laissant Miss moules-frites rejoindre le reste de la troupe, que nous avions perdu à la sortie du bus, pour une soirée qui ne m’intéressait de toute façon pas franchement beaucoup plus que ça.

La journée du mardi fut elle beaucoup plus calme car il s’agissait de toute façon du 25 mai, un jour férié en Argentine. En fait je n’avais pas tout compris la semaine dernière et si tout était fermé à Cordoba ce n’était pas parce qu’ils y célébraient le bicentenaire de la ville, mais bien de celui de l’indépendance du pays. Pour marquer cette date historique de nombreux évènements étaient organisés un peu partout dans le pays, avec entre autres des concerts, des discours prononcés par des hommes politiques, des barbecues et toutes sortes d’activités que l’on trouve dans n’importe quelle fête au village à travers le monde. C’est donc ce que j’ai pu constater en allant me promener dans le centre ville en pleine journée, me perdant au milieu des rôtisseries géantes et des vendeurs de bière aux comptoirs desquels les Argentins fêtaient dignement cette journée de fiesta nationale.

Mais avant de me mêler à cette foule en liesse j’avais opté le matin même pour une activité plus tranquille et plus chauvine qui m’a permis l’espace de quelques heures de me sentir un peu comme à la maison. J’avais en effet décidé de profiter de leur retransmission sur des chaînes internationales pour regarder à l’hôtel quelques matches de Roland Garros. Et ce moment de détente a été particulièrement instructif car il m’a permis de réaliser très vite que le concept de la « question con » est finalement complètement international. J’en ai effectivement pris pleinement conscience lorsqu’un intello, arrivant dans la salle et me voyant regarder à la télé 2 types en short qui se renvoyaient une balle par-dessus un filet sur un terrain rectangulaire en terre battue, m’a posé cette question magique : « C’est du tennis ? »… « Non mon ptit bonhomme, c’est de l’équitation mais comme les chevaux étaient fatigués ils les ont remplacés par des raquettes ! »

Et c’est ensuite vers 2 heures que je suis parti me promener, me dirigeant vers le parc emblématique de la ville après avoir traversé la place principale sur laquelle étaient organisées la grande majorité des festivités populaires. Cette longue balade dans la verdure m’a ainsi permis de découvrir un espace calme et accueillant, agrémenté en son centre d’un lac dont j’ai tranquillement fait le tour, observant à la fois les pêcheurs qui s’adonnaient à leur passion en cette journée chômée et les familles venues profiter du beau temps et de la douceur de la température pour pique-niquer au bord de l’eau. Cette longue marche s’est ensuite achevée d’une manière originale car au détour d’un chemin je suis tombé complètement par hasard sur une grande place où une vingtaine de petits vieux en costumes typiques s’étaient donnés rendez-vous pour effectuer tous ensemble des danses traditionnelles. Je n’irai pas jusqu’à dire que j’ai été subjugué par la beauté du spectacle mais cela m’a permis de clôturer dans la joie et la bonne humeur cette journée si particulière pour le peuple argentin.

Ce n’est toutefois que le lendemain que j’ai connu le moment le plus fort de cette semaine parfaitement réussie : une balade à cheval dans la pampa environnante ! Je rêvais en effet depuis un bon moment de faire un peu d’équitation, et ce tout particulièrement dans la patrie des gauchos (les cavaliers, pas les politiques !). C’est donc ce que j’ai fait mercredi après-midi en partant avec un paysan bourru qui, venu me chercher à mon hôtel dans une camionnette au confort spartiate, m’a accompagné jusqu’à un ranch situé à 30 km de Mendoza. Bien qu’il ne soit pas situé très loin de cette agglomération sa localisation en est tout de même rendue particulière par le fait qu’il soit complètement perdu dans la pampa, à une trentaine de minutes de piste en terre et en caillasse de la route principale. Et ce trajet est d’autant plus typique que cette piste est en plus jonchée de crânes de vaches, à mon avis déposés là discrètement par les propriétaires soucieux du plaisir et de l’émerveillement de leurs touristes. En effet c’est bizarre de ne trouver que des têtes et jamais le reste de la carcasse… A moins qu’il ne s’agisse d’une race spéciale de vaches dont les crânes s’envolent après leur mort pour s’empiler sagement le long des chemins d’accès aux ranchs locaux, mais je n’y crois pas beaucoup !

Une fois arrivés nous avons immédiatement eu le droit à un rapide briefing sur les rudiments de l’équitation dispensé par un guide en costume traditionnel, puis nous sommes partis à une petite dizaine pour une randonnée de plus de 2 heures dans la campagne et dans les montagnes environnantes. Pour être parfaitement honnête le rythme était plus proche de celui de la balade à dos de poney dans le jardin du Luxembourg que de celui de la Chevauchée fantastique, mais la typologie du terrain rendait l’expérience finalement assez sportive car nous nous aventurions sur des pentes assez raides et couvertes de cailloux sur lesquelles il était de toute façon impossible d’envisager de partir au galop. Et c’est ainsi au pas que nous avons grimpé pendant quasiment une heure jusqu’au sommet d’une petite montagne, suivis de près par une meute de chiens plus ou errants qui revenaient régulièrement de leurs courtes expéditions dans les hauteurs avec des carcasses d’animaux morts dont ils se délectaient. Il ne manquait plus que des vautours tournoyant au-dessus de ma tête et je me serais vraiment cru en plein western, dans une scène où les indiens auraient débarqué de tous les côtés de la montagne pour une embuscade dont j’aurais été le seul à sortir indemne après les avoir tous semés grâce à mes talents innés de cavalier ! Mais la réalité était bien plus calme et la vérité est qu’au bout d’une petite heure, frigorifiés par le froid qui était particulièrement rude ce jour-là, nous avons fait une pause au cours de laquelle nos gauchos de guides ont allumé un feu autour duquel nous avons bu du maté, cette boisson traditionnelle que les Argentins boivent tous, partout et tout le temps. Il s’agit en fait d’une sorte de thé qui se déguste avec une paille en métal dans un bol en bois qui est lui-même rempli des herbes qui donnent du goût à ce breuvage. Ce n’est d’ailleurs pas mauvais, mais cela a surtout eu le mérite de me réchauffer un peu et c’était exactement ce que je lui demandais. Et pour que tout soit épique jusqu’au bout c’est sous une pluie de plus en plus battante que nous avons effectué la redescente, donc la fin de cette promenade s’est effectuée au trot à partir du moment nous sommes arrivés en plaine, et ce afin de nous mettre à l’abri le plus rapidement possible. Cela me convenait en fait parfaitement car j’ai ainsi pu faire un minimum de véritable équitation et, l’espace de quelques instants, me sentir l’âme d’un véritable cow-boy chevauchant dans la pampa ! Et c’est d’ailleurs cette expérience incroyable qui a marqué la fin d’un mois exceptionnellement riche à tous points de vue en Argentine, car le lendemain matin j’ai repris mon balluchon pour me mettre en route vers un nouveau pays, le Chili.

Je suis donc parti jeudi en bus, pour changer, et après un passage de frontière particulièrement long et pénible avec près de 2 heures de formalités administratives et de vérification des bagages, j’ai enfin pu arriver dans ce pays du bout du monde finalement assez méconnu en France. Et ma première impression en fut très positive car c’est en plein milieu des Andes que se trouve le point de passage par lequel je suis entré, et c’est donc dans un décor somptueux de montagnes sculptées par le temps que j’ai débarqué sous un soleil radieux qui donnait un éclairage particulier à ce spectacle exceptionnel. Puis, vers 20h, je suis enfin arrivé à Santiago, capitale dans laquelle j’ai prévu de passer quelques jours. Et là aussi les découvertes agréables allaient rapidement s’enchaîner. La première fut la ville en elle-même. Pour une raison que j’ignore je m’attendais à trouver quelque chose de laid et de peu attractif, mais d’après ce que j’ai pu voir à travers la fenêtre du taxi qui m’amenait à ma destination finale il y a de nombreux bâtiments exceptionnellement beaux et j’ai ressenti une sorte d’harmonie architecturale qui m’a vraiment donné envie d’explorer les richesses de cette ville. La seconde découverte particulièrement sympathique fut celle de mon hôtesse à Santiago. Il s’agit en effet de Constance, la sœur d’une de mes amies, qui, alors qu’elle ne m’avait vu que 2 ou 3 fois à Paris avant son propre départ, m’a très gentiment proposé de m’héberger pendant toute la durée de mon séjour ici. Et je dois avouer que je suis ravi de cette offre car je bénéficie chez elle d’un des accueils les plus chaleureux de tout ceux que j’ai reçu jusqu’à présent, que ce soit de sa part à elle qui est vraiment adorable, ou de Montse, sa colloc’ qui est tout aussi gentille. Et, comble de la perfection en terme de qualité de réception, Const' m’a en plus proposé de l’accompagner pendant le weekend à Valparaiso pour une soirée chez des amis qu’elle y avait rencontrés lorsqu’elle était en échange là-bas, avant de venir à Santiago pour effectuer son stage de fin d’études. Autant dire que je n’ai pas hésité longtemps avant d’accepter ! Et c’est donc samedi, après une journée du vendredi assez calme passée à régler des problèmes matériels du quotidien mais tout de même ponctuée par un spectacle de flamenco dans lequel Montse tenait l’un des premiers rôles, que nous nous sommes mis en route pour cette cité balnéaire au nom si mythique pour les Européens.

Cette semaine m’a ainsi permis de retrouver pleinement à la fois le sourire et la joie de la découverte que je commençais à avoir un peu peur d’avoir en partie perdue. Mais non, que tout le monde se rassure, et moi le premier, tout va à nouveau pour le mieux et je recommence à penser que les 3 derniers mois vont passer à une vitesse folle et que je n’ai en fait aucune envie que ce voyage s’arrête un jour… Ce n’est pas que vous ne me manquez pas et que je n’ai pas envie de vous revoir, mais la vie est juste tellement belle en voyage que l’on voudrait qu’elle dure toujours ! Donc la meilleure des solutions serait certainement que ce soit vous qui me rejoigniez sur la route, en apportant s’il vous plaît un minimum de capitaux dans vos bagages car sinon mon banquier va vraiment commencer à me détester !